La violence

La violence

Depuis plus de 3 ans, j'assiste à de nombreux débats, hier lors des 10 ans du PIR j'ai entendu des réflexions qui m'ont bousculées.

Angela Davis parlait de l'importance de l’intersectionalité des injustices : violences conjugales, violences policières, prison, pollution, guerres, colonialisme, racisme, l'homophobie, rromophobie, xénophobie...

Il a été référence aussi au rôle fondamental et pourtant non reconnu des femmes dans l'émancipation des damnés de la terre ici et ailleurs.

Il a aussi été référence à ne pas voir dans une injustice la seule personne comme un individus isolé mais plutôt de voir le système qui a permis de mettre au monde cette personne. Vouloir détruire un policier qui assassine ne doit pas être une fin, c'est détruire le système qui l'engendre qu'il faut rechercher.

C'est sur ce point que je voudrais m'attarder.

Avant le drame qui a touché notre famille, j'étais très critique lorsque je voyais des actes de délinquances perpétrés par des personnes de ma communauté. Je me disais que ces personnes nous dé-servaient, donnaient une mauvaise image, qu'elles choisissaient honteusement une voie qui n'était pas la bonne, qu'elles cherchaient la facilité et qu'elles faisaient du mal à tous, en premier lieu à ceux qui font des efforts pour être de bonnes personnes. Elles ne produisaient pas de valeurs mais plutôt les détruisaient. A mes yeux elles étaient les seules responsables de leurs actes, elles étaient responsables de notre condition et il était aussi légitime qu'elles payent de leurs erreurs pour qu'elles ne puissent pas recommencer.

Je n'avais eu affaire ni à la justice, ni à la police et je pensais naturellement qu'avec l'Etat, ces institutions me protégeaient et que la sévérité de l'Etat devait être la seule réponse à un comportement inadapté pour remettre sur le bon chemin les brebis égarés.

D'un premier abord, on peut penser que ces institutions remplissent leurs rôles de protéger et de servir le peuple.

Maintenant je vois les choses autrement, j'ai pu faire face aux vrais visages des institutions. « Voir c'est comprendre » disait un historien.

Elles arrêtent en effet la violence, mais dans un second temps elle ne la transforme pas en quelque chose de meilleur, elle la cristallise en une chose nouvelle plus rigide jusqu'à ce qu'elle se fissure suite à un stimuli et produise une autre violence plus destructrice individuellement et collectivement. Ces institutions catalysent la violence et détruisent des personnes à qui on a précédemment détruit les repères.

J'ai pu comprendre que ce que représentait socialement mon frère et l'un des actes de délinquance qu'il pouvait commettre se situaient dans un référentiel prescrit : celui de la vengeance d'état. J'ai pu voir comment les enquêtes, expertises judiciaires, sont menées et comment on cautionne une injustice par une autre injustice avec un semblant de justice. Le fait de le dénoncer avec vigueur faisait que j'en faisais dorénavant partie. Ces pratiques rappellent le code de l'indigénat où l'on fait payer à l'indigène qui se rebelle une peine deux fois plus grande qu'à un autre. Peu importe qu'il ait raison ou pas, il devait accepter sa situation de sous homme. Dommage que l'on ne retienne pas les leçons de l'histoire, elles nous apprendraient que se sont ces pratiques qui ont poussées l'indigène à se rebeller des quatre coins du monde. On ne peut pas pratiquer le management par la peur sur le long terme. Même si elles peuvent être efficaces, même si on cherche à dissimuler la vérité, tôt ou tard elles se retournent vers celui qui les pratiquent.

J'ai pris conscience avec le temps que la police, la justice, la prison et toutes les autres tentacules de la mafia, étaient basées sur la violence physique ou symbolique et sur la défense d’intérêts particuliers au détriment de l’intérêt global. Elles détruisent la dignité de l'homme autant qu'elle détruise le policier lui même et n'offrent finalement comme échappatoire :

  • soit de commettre une violence plus forte pour repousser la violence subie

  • ou bien la lâcheté en acceptant le viol de sa dignité en faisant comme si de rien était.

Le délinquant et le policier sont tous deux victimes d'un système mafieux qui les détruit et qui font qu'ils se ressemblent et se reproduisent. Un système qui a son contact ne permet plus d'en sortir

Alors je comprends mieux pourquoi ceux qui ont affaire à la police, à la justice, à la prison ne se « réforment » pas comme l'Etat souhaiterait l'entendre. En réalité le plus lâche, c'était moi. Nous sommes face à un problème qui ne peut être résolu que par un tiers. Par celui par exemple que j'étais.

Moi, qui voyait le monde de ma propre expérience de mouton privilégié, moi qui n'avait aucune empathie vis à vis des autres, moi qui honorait ceux qui étaient censé nous protéger parce qu'ils faisaient partie d'un système qui jusque là me semblait bienveillant, je comprends actuellement que la police, la justice et la prison produisent de la violence par la violence en combattant la violence et que de par mon positionnement j'en étais complice, j'en étais le bourreau.

Je comprends aujourd'hui que je suis devenu de ceux que je détestais hier parce que je n'accepte pas le viol de notre dignité.

Je comprends aujourd'hui aussi que je suis du bon côté, celui de la moral et non de la légalité.

Je comprends que je ne peux pas en vouloir à celui que j'étais parce que j'étais malgré moi dans une forme de résistance.

Comme nous disait hier Angela Davis, osons demander l'impossible pour le rendre possible et sortir de la vision simpliste que l'on nous offre :

  • délinquant+sévérité = amélioration

  • police+violence = protection

  • prison = sanction

Peu importe le système, ce dont les Français ont besoin ce n'est pas de la division mais qu'on les aime.

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