Commentaires sur l'article "Confession d'un ripou"

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"« Gardien de la paix » ou cowboy urbain ?


Son témoignage permet tout d’abord de faire ressortir un élément qui revient régulièrement dans les discours des policiers, et particulièrement chez ceux de la BAC. Ceux-ci se décrivent souvent à la recherche d’action, de suspense. L’intéressé le dit lui-même : « je n’aurais pas pu me mettre derrière un feu rouge à dresser cent PV par jour » ou encore « ne pas rentrer dans une cité par peur ». Ainsi, derrière l’image que cherche à se donner la Police Nationale, celle de « gardiens de la paix » au service de la population, le discours des policiers montre une réalité bien différente. On y voit des agents mus par l’envie d’en découdre, de faire leurs preuves, de montrer de quoi ils sont capables, grisés par l’impunité dont ils disposent, et ce particulièrement dans les quartiers populaires. Et avec les conséquences que l’on sait pour les habitants qui résident sur leur terrain de chasse : harcèlement, violences policières, qui vont régulièrement jusqu’au meurtre, toujours couverts par la justice. Chaque année, des dizaines de personnes meurent ainsi sous les coups de la police, en silence et dans l’impunité.

Dans son témoignage, Benoît O. n’y va pas par quatre chemins : « En matière de stupéfiants, entre 70 et 80 % des procès-verbaux en France sont faux et tout le monde le sait dans la police ! ». Mais cela n’empêche pas de fêter les arrestations de « dealers » à coup de champagne le soir au commissariat. D’ailleurs, l’intéressé en a la conviction : il a arrêté de « vrais bandits » et « si c’était à refaire, [il] referai[t] la même chose ». On voit ici tous les mécanismes de pensée d’une police raciste et empreinte de mépris de classe qui, même en sachant consciemment avoir bricolé les preuves de l’arrestation, se persuade de la culpabilité de ses victimes. D’ailleurs, pourquoi en douter, alors que ces méthodes ont permis à l’intéressé de devenir « l’un des dix meilleurs de Seine-Saint-Denis, à entendre [sa] hiérarchie » et d’être décoré de la médaille du courage de bronze et d’argent ? Pour lui, son arrestation n’est d’ailleurs pas tant liée à ses méthodes, mais au fait qu’il ait commencé à concurrencer les policiers de la Police Judiciaire (PJ) en ramenant des affaires « de folie ».

Dès lors, comment peut-on s’étonner que certains essayent d’aller plus loin, et comme dans le cas de Benoit O., de passer aux fichiers des immatriculations la voiture que son voisin voulait acheter, voire de carrément commencer à vendre soi-même de la drogue ? "

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