Andrew Boyd : le paradoxe de l'identité politique

Andrew Boyd : le paradoxe de l'identité politique

"

Tout mouvement social digne de ce nom a besoin d'une identité de groupe tout aussi digne qui va encourager un noyau dur de membres à s'investir à un très haut niveau d'engagement, de sacrifice et d'héroïsme du début à la fin de longue lutte. Cette forte identité de groupe est cependant à double tranchant. Plus l'identité et la cohésion de groupe sont fortes, plus les individus sont susceptibles de se sentir ostracisés des autres groupes, et de la société.

C'est le paradoxe de l'identité politique.


Ce paradoxe laisse à penser que, si les groupes politiques ont besoin d'une identité interne forte pour maintenir l'engagement nécessaire à une lutte politique efficace, cette même cohésion tend à isoler le groupe. Les groupes isolés subissent une très forte pression pour atteindre les objectifs politiques qui ont été fixés.


C'est vrai de tous les groupes, mais ça peut avoir des conséquences particulières pour un groupe impliqué dans la lutte politique, qui ne doit pas seulement nourrir une identité interne forte, mais aussi se trouver des alliés.


La tendance à l'isolement peut croître très rapidement dans les groupes politiques, car "lutter contre" peut induire une psychologie "contre". Les militants qui se heurtent au type de résistance que le Mouvement pour les droits civiques a enduré, par exemple, en bavent. D'un côté, les participants ont plus que jamais besoin de se tourner les uns vers les autres pour se transmettre force et soutien. Ils ressentent une cohésion avec l'identité de groupe qui va les motiver dans ces moments où le conflit monte en puissance. D'un autre côté, ils ont besoin de rester ouverts, connectés à une base élargie et croissante. C'est difficile à réaliser, même quand les meneurs sont pleinement dédiés à la tâche, sans parler des cas de figure où ils sont pris au dépourvu, ce qui se produit souvent.
...
Les extrémistes dévoués se coupent du monde, comme des guérilleros solitaires en territoire ennemi. Ç'aurait pu être splendide, mais là, c'était une mission suicidaire.


Le paradoxe de l'identité politique fait écho à la nécessité pour les groupes politiques de développer à la fois des liens forts et des passerelles solides. Sans liens forts au sein du groupe, ses membres n'auront pas le niveau d'engagement nécessaire pour les luttes de plus grande importance. Mais à défaut de passerelles solides au-delà du groupe, celui-ci se révélera trop insulaire et trop isolé pour pouvoir forger de précieuses alliances.


De bons meneurs doivent opérer un équilibrage très subtil entre les impératifs conflictuels de la construction d'un sentiment d'identité fort au sein de leur groupe, et établir des contacts avec leurs alliés et potentiels par-delà le groupe."

Andrew Boyd

commentaires

Haut de page