Impliquons nous

Impliquons nous

M.P : La démocratie est basée sur la relativité vis-à-vis d'autrui. Cette relativité qui implique justement que l'on soit différent de l'autre, mais qui implique aussi que l'on puisse comprendre cette différence, que l'on puisse comprendre que cette différence est de nature à produire des résultats bénéfiques. Etre capable d'être dans un tel rapport à l'autre, c'est essentiel.

E.M : C'est vrai. C'est à dire que la démocratie ne suppose pas seulement la loi de la majorité, elle suppose beaucoup de choses, et notamment la tolérance de l'idée contraire. Elle suppose que les idées doivent s'opposer mais non pas opposer physiquement, les individus entre eux. La démocratie se nourrit de conflits d'idées ; c'est une chose importante. Elle doit respecter les minorités. Mais le grand problème de la démocratie - ainsi que l'a énoncé fort justement le philosophe Lefort -, c'est que la démocratie n'a pas de vérité. Les dictateurs Mussolini, Staline, Hitler, possèdent la Vérité. Mais la démocratie n'a pas de vérité. Elle accueille la vérité d'un parti qui triomphe aux élections et détient le pouvoir pendant trois ou quatre ans, puis qui est remplacé par le parti d'une vérité contraire. Or, si les gens sont enthousiastes pour la démocratie quand ils subissent parce qu'ils veulent être libres, une fois la démocratie instituée, ils perdent à ce moment-là leur enthousiasme parce qu'elle n'apporte pas un élément de foi. Elle n'apporte pas la Vérité. Chacun doit chercher sa vérité ...

M.P : Il faut chercher sa vérité et la mettre en rapport avec celle des autres.

E.M : Bien entendu. Et accepter celle des autres.

M.P : Il ne faut pas renoncer à sa propre vérité, mais il ne faut pas non plus renoncer à connaître la vérité des autres.

...

M.P : Oui. Il faut de fait expérimenter, mettre en pratique ... Il faut travailler sur deux chemins, devrais-je dire sur deux voies, pour utiliser un mot qui vous est cher ? ... Le premier chemin est celui sur lequel se rencontrent toutes ces initiatives, ces projets dont nous parlions à l'instant et qui permettent de comprendre qu'un autre système de vie est possible. Quant à la seconde voie, c'est celle de l'éducation. A ce dernier égard, me vient immédiatement un exemple à l'esprit : celui de ces pays arabes où les jeunes ont fait la révolution en se servant notamment d'Internet et des réseaux sociaux. Ces printemps arabes, comme on les a appelés, ont immédiatement tourné court. Pourquoi ? Parce qu'à peine la révolte achevée, des élections ont été convoquées au nom de la démocratie... Or les braves gens ont eu peur de ces jeunes capables de descendre dans la rue et d'y faire le coup de poing... Et ils sont allé voter : un peu pour les prêtres et un peu pour les soldats... Alors que faut-il faire pour que les choses se passent autrement ? Il faut instaurer une éducation qui soit telle qu'elle permette aux jeunes, avant de se révolter, de savoir ce qu'ils vont faire après. Il faut former les gens à la "démopraxie". Ce sont les jeunes générations qui doivent construire le monde de demain... Pas seulement en se révoltant contre celui d'hier, mais en proposant des solutions nouvelles. Il faut que l'enseignement - du primaire à l'université - soit à même de former les jeunes qui puissent générer le changement et gouverner après la révolte. Qui puissent même, dans l'idéal, générer le changement sans que la révolte soit nécessaire ...

E.M : Encore faut-il que nous soyons capables de proposer ces solutions nouvelles. Car ce qui manque, c'est une pensée politique. Ces jeunes ont été capables de briser une dictature mais, une fois qu'elle a été brisée, il n'y a pas eu de pensée politique. Ils se sont divisés... Dans les pays occidentaux, il y a aujourd'hui un véritable vide politique. C'est le degré zéro de la politique. C'est pour cela que finalement on assiste à des révoltes démocratiques qui favorisent le retour de la dictature.

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