"La société idéale"

"La société idéale"

N'est ce pas le manque de charité qui nous différencie de nos détracteurs ?

Celui que l'on retrouve chez certains de nos gouvernants qui sont faibles avec les durs et durs avec les faibles ?

Dans nos périodes de trouble où même les institutions ne remplissent plus leurs fonctions, où ceux que l'on devrait idéalement honorer pour leur bienveillance nous humilient, quand ils ne cherchent pas à nous détruire, quand ils ne cherchent pas à nous faire souffrir, il est important d'avoir un cap sinon on risque de succomber à l'appel des sirènes des idéologies simplistes et pourtant ô combien dangereuses.

Si les notions de liberté et d'égalité sont universellement reconnues, la notion de charité est parfois écorchée. Ce petit traité est particulièrement intéressant parce qu'il réhabilite la notion de charité tout en honorant celle de la liberté et de l'égalité. Cousin nous rappelle que ces notions doivent être soeurs sinon elles peuvent être destructrices.

Ce traité agit comme un rappel, comme Nietzsche lorsqu'il disait " Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu plonges longuement ton regard dans l’abîme, l’abîme finit par ancrer son regard en toi. " ou bien Victor Hugo lorsqu'il rappellait que "Dans l'opprimé d'hier, l'oppresseur d'aujourd'hui" .

Voici des extraits intéressants de ce petit traité :

  • « La charité intervient jusque dans la punition des crimes : à côté du droit de punir, elle met le devoir de corriger. L'homme coupable est un homme encore ; ce n'est pas une chose dont on doive se débarrasser dès qu'elle nuit, une pierre qui tombe sur notre tête et que nous rejetons dans l'abîme afin qu'elle ne blesse plus personne. L'homme est un être raisonnable, capable de comprendre le bien et le mal, de se repentir, et de se réconcilier un jour avec l'ordre. »

  • « Punir est juste, améliorer est charitable. Dans quelle mesure ces deux principes doivent-ils s'unir ? Rien de plus délicat, de plus difficile à déterminer. Ce qu'il y a de certain, c'est que la justice doit dominer. »

  • « En résumé, respecter les droits d'autrui et faire du bien aux hommes, être à la fois juste et charitable, voilà la morale sociale dans les deux éléments qui la constituent. Voilà pourquoi la Révolution française, qui a recueilli et accru tous les progrès de la philosophie morale et politique, après avoir écrit sur son drapeau la liberté et l'égalité, y a joint le grand nom de la fraternité, qui tour à tour a donné l'élan aux vertus les plus sublimes et servi de prétexte aux plus dures tyrannies. C'est pour avoir confondu ces deux parties de la morale, que les plus grands moralistes se sont jetés dans des théories exclusives, également fausses, également dangereuses. »

  • « D'ailleurs, je me hâte de le reconnaître ou plutôt de le répéter : la justice encore plus que la charité, est le fond de toute société, et ce fond est immortel.Les droits et les devoirs de l'homme, dont la déclaration est moderne, sont aussi anciens que l'homme. J'ai besoin de faire cette profession de foi en l'honneur de l'humanité. Aussitôt que l'homme s'est connu, il s'est connu comme un être libre, et il s'est respecté ; il s'est mis au-dessus des choses, et il a su qu'il s'avilirait, soit en violant la liberté d'autrui, soit en laissant violer la sienne. De tout temps la liberté a été connue et honorée, mais plus ou moins, et toujours partiellement. Tel droit éclairait déjà l'espèce humaine, quand tel autre était encore dans l'ombre. La sainte liberté ne découvre pas d'abord toute sa face ; elle ne lève que successivement ses voiles ; mais le peu qu'elle montre d'elle, sans la révéler tout entière, suffit à l'homme pour ennoblir son existence, et lui donner la conviction qu'il vaut mieux que ce monde au milieu duquel il se trouve jeté. »

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