" A Clermont Ferrand 5 ans après la mort de Wissam, la solidarité reste active"

" A Clermont Ferrand 5 ans après la mort de Wissam, la solidarité reste active"

http://desarmons.net/2017/01/08/a-clermont-ferrand-5-ans-apres-la-mort-de-wissam-la-solidarite-reste-active/

 

" Près de 200 personnes se sont réunies ce vendredi 6 janvier à l’appel de la famille El Yamni et de ses proches à Clermont Ferrand, pour les cinq années de la mort de Wissam.

A partir de 17h30, les avocats de la famille, Me Jean-François Canis et Me Jean-Louis Borie ont donné une conférence de presse aux côtés de Farid, le frère de Wissam El Yamni. Ils sont revenus ensemble sur l’état d’avancement du dossier, rappelant les différentes étapes et les obstacles rencontrés dans leur quête juridique. Trois semaines seulement après le dernier coup de Trafalgar du juge d’instruction, Myriam Fenina (nommée en septembre 2016), qui annonçait le 7 décembre refuser les demandes d’expertises complémentaires de la famille et la clôture imminente du dossier, les avocats ne mâchent par leurs mots et pointent clairement la malhonnêteté des experts et le cynisme des juges.

Le collectif à l’origine de l’événement avait prévu un concert le lendemain, mais il n’a finalement pas été possible d’obtenir une salle. Sur le chemin parsemé d’embûches des familles de victimes de la police, c’est parfois ce genre de détails qui rendent leur combat si difficile. Même si le maire a toujours soutenu la famille, des pressions s’exercent de façon insidieuses pour ne pas laisser s’exprimer la voie de celles et ceux qui dénoncent les violences et le racisme de l’État et de sa police.

Pour autant, la très grande salle de l’espace multimedia Georges Conchon a permis d’organiser une soirée riche, axée sur une conférence de presse, la projection du film « Les coups de leurs privilèges », une conférence et un débat au cours desquels plusieurs proches de victimes et de personnes en lutte contre le racisme et les violences policières ont donné de la voix. Mathieu Rigouste est revenu sur les origines et les formes de la violence d’État, ainsi que sur la nécessité de s’organiser de manière autonome. Mireille Fanon-Mendes France a introduit son propos sur la violence néo-coloniale de l’État, rappelant que le chef de l’Etat lui-même prononce régulièrement des assassinats ciblés extra-judiciaires contre des personnes considérées comme une menace.

Étaient présent-e-s aussi Amal Bentounsi, Lassana et Assa Traoré, des personnes des collectifs Justice et Vérité pour Ali Ziri, pour Houcine Bourras et diverses personnes et collectifs luttant contre les violences policières. L’occasion de rappeler que la solidarité et la présence auprès des familles dans la lutte est déjà une victoire, que les liens créés par delà les clivages politiques et les divergences tactiques participent d’une dynamique qui casse les tentatives de l’État de nous séparer et de réduire les premier-e-s concerné-e-s au silence.

Il a été dit qu’une distinction existe de fait entre celles et ceux qui sont à la fois oppressé-e-s pour ce qu’il/elles sont (ou représentent) et réprimé-e-s pour ce qu’il/elles font et celles et ceux qui subissent essentiellement la répression pour leurs actions. Si les formes de la violence vécue sont différentes, l’ennemi reste pour autant le même, et les logiques qui conduisent son action répondent à des facteurs systémiques, qu’on retrouve aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Enfin, quelqu’un a dit qu’aucun changement fondamental de société ne pourrait aboutir s’il ne venait pas aussi des quartiers populaires et ne s’appuyait pas sur les constats essentiels qui en émanent. Assa Traoré a insisté sur le fait que les habitant-e-s de ces quartiers n’avaient pas besoin d’aide extérieure, mais devaient porter eux-mêmes la lutte. Il a été évoqué aussi le cas des dizaines d’assigné-e-s à résidence qui le sont ou l’ont été après avoir été désignés comme « ennemis intérieurs » par des institutions portant en elles un racisme à peine voilé et sur la base de considérations policières souvent mensongères ou édulcorées.

Le film qui a précédé a bien réussi à introduire la discussion, en balayant d’un regard sensible la lutte des proches de victimes, et notamment celles des familles de Wissam El Yamni (Clermont-Ferrand) et Morad Touat (Marseille). Chaudement accueilli à Berlin, il était projeté pour la première fois en France.

Le lien qui s’est créé et continue de se créer autour des familles en lutte pour la vérité et la justice constitue, par sa sincérité, ainsi que par la sensibilité et la solidarité qu’il contient, un ferment de résistance incontestable. Après la soirée, un certain nombre de personnes présentes se sont retrouvées autour d’un repas convivial dans la maison familiale des El Yamni, pour un de ces moments précieux qui révèlent l’importance vitale de rester humain-e-s et de ne pas céder aux pressions et manœuvres politiciennes et policières qui visent à nous rendre étrangers les un-e-s aux autres."

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