Césaire

Césaire

Tout système évolue de la même manière selon les contraintes.

 

La résistance d'un système et des hommes face aux injustices est comparable à celui des matériaux face à des contraintes.

 

Si les contraintes sont faibles, on reste dans le domaine élastique, le relâchement de la contrainte rétablit la forme initiale. On dit que la transformation est réversible.

 

Le système espère qu'à chaque injustice on revienne à la position initiale.

 

A force d'injustices, de mensonges (de contraintes) on en arrive à la limite d'élasticité.

 

Au-delà de la limite d’élasticité, la déformation n’est plus réversible et un allongement résiduel subsiste après la suppression de la contrainte.

 

On parle de déformation plastique.

 

La limite d’élasticité du matériau augmente lors d’une nouvelle déformation. Avec les injustices, les hommes et le système acceptent plus facilement des injustices.

 

Lorsque la déformation augmente encore, la contrainte nécessaire d’une part augmente, mais d’autre part le matériau s’affaiblit. On parle d’un phénomène de striction. Ceci conduit irrémédiablement à la rupture.


En 1950, Césaire disait :

 

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.

 

Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.

 

Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.

 

Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper.

 

L’Europe est indéfendable.

 

Il paraît que c’est la constatation que se confient tous bas les stratèges américains.

 

En soi cela n’est pas grave.

 

Le grave est que « l’Europe » est moralement, spirituellement indéfendable.

Et aujourd’hui il se trouve que ce ne sont pas seulement les masses européennes qui incriminent , mais que l’acte d’accusation est proféré sur le plan mondial par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui, du fond de l’esclavage, s’érigent en juges.

 

On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu’ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs « maîtres » provisoires mentent.

 

Donc que leurs maîtres sont faibles. »

 

Et puis, comme pour l'esclavage, tous les pays colonisés se sont émancipés.

L'homme traité de plus en plus injustement hier comme aujourd'hui ne se laisse pas faire et plus il est traité injustement plus la rupture est proche.

Césaire

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