Soirée privée, ce soir ça ne va pas être possible

Soirée privée, ce soir ça ne va pas être possible

Le 9 janvier 2017, ça faisait 5 ans que Wissam nous quittait. Depuis 5 ans on ne cesse de chercher à comprendre pourquoi on lui a fait autant de mal, pourquoi on nous fait tant de mal. Ce jour-ci comme tous les jours j'essaye de lire pour comprendre et je tombe sur cet article :

 

« Et si on se met du côté du policier ? Le policier non plus n’a pas une vie vivable ? Les conditions de travail elles sont hyper dures, elles sont de plus en plus violentes, ils sont la cible d’attaques très violentes. Elle est où la solution ?

 

C’est très important ce que tu viens de dire, moi ce qui me frappe beaucoup dans la gauche aujourd’hui, c’est que très souvent quand on – alors ce que je vais dire est dur et c’est difficile à poser – mais c’est qu’on a tendance à réagir aux mauvaises actions de la police en appelant à la répression envers les policiers. Si on dit « Justice pour Adama », (dans leur bouche) ça va vouloir dire : le policier en prison, ça va vouloir dire, le juger, l’arrêter, le condamner.

 

On a parfois trop tendance à reprendre le discours de la répression et à penser que ça ira mieux si on met le policier en prison ; et moi je ne le crois pas, je me bats toujours contre ça. Je n’aime pas du tout les pulsions répressives qu’on observe dans la gauche qui veut réagir aux injustices. »

 

( http://www.clique.tv/le-gros-journal-avec-lagasnerie-valls-non-existant/ )

 

Cet article m'intrigue, il y a quelque chose que je n'avais pas vu, une forme de vérité qui m'interpelle : "on a parfois trop tendance à reprendre le discours de la répression". Lorsque quelque chose m'interpelle, il y a comme un programme qui est lancé en parallèle dans mon cerveau, pour cherchait à faire sens.

 

Oui, ceci m'intrigue et je n'ai pas pour le moment la réponse à mes questions ...

 

Le Jeudi 12 janvier dernier avait lieu la projection du documentaire « Les coups de leurs privilèges » à La parole errante, à Montreuil.

 

Ce film j'avais déjà eu l'occasion de l'avoir vu. Aussi j'ai préféré faire un tour plutôt que de le regarder une énième fois.

 

A mon retour avant la fin du film, je me suis retrouvé bloqué devant la porte fermée, tout le monde était à l'intérieur à regarder le film. Manque de chance, ce soir là la météo était très agitée, certainement la nuit la plus agitée depuis longtemps.

 

Mes SMS envoyés à des amis à l'intérieur, n'y faisaient rien, on éteint son portable dans une projection. Mes amis, sont trop bien éduqués :) ... Quoiqu'il en soit, j'étais bloqué, mon être désirait entrer mais une autre réalité m'était imposée, malgré moi : "Tu restes dehors". A la fin du film, regardant son portable, une personne est finalement venue m'ouvrir. Il faut se dépêcher, le débat va commencer.

 

Un petit peu marqué par mon impuissance d'avoir été à l'extérieur, mon esprit est encore dehors même à l'intérieur pour quelque instants.

 

Pas le temps, les familles prennent la parole l'une après l'autre, les entendant je perçois des similarités dans ce qu'elles disent, dans ce qu'elles ne disent pas, dans ce qu'elles ressentent, dans ce qu'elles ne ressentent pas. Ressentant la même chose, je partage leurs maux. Une similarité se dégage : ces familles sont bloquées malgré elles, rejetées et demandent à entrer dans le cercle de l'humanité à ceux qui s'efforcent de les expulser, de les bannir, de les mettre hors jeu. L'expression de ce bloquage est physique, charnelle, ça part des entrailles, il est incarné dans le corps, marqué au fer rouge, le corps des personnes qui parlent rejettent ce qu'on leur impose comme un individus qui vomirait. 

 

Ce que ces familles ressentent est comparable à ce que je ressentais 5 min plus tôt dans mon corps bloqué à l'extérieur. C'est la même sensation. 

 

C'est ce que ressentent les personnes qui se préparent à s'amuser en soirée et finissent par tourner en rond en raison d'un videur zélé qui leur a refusé l'entrée. Elles ne demandaient qu'à partager un bon moment ensemble et s'en vont penauds, leurs corps ici, leurs esprits là bas. Jusqu'à ce que l'esprit revienne et que s'installe une forme de mélancolie de n'être rien. Leur esprit est menotté par leurs corps. L'impuissance est peut être le pire des sentiments.

 

En réalité, on leur refuse le droit  d'avoir la part du gâteau du bonheur collectif, mais ils ne font pas partie des invités, des VIP du système.

 

Le paradoxe, c'est que ceux qui se font virer, bannir, en demandant d'entrer, qu'est ce qu'ils font si ce n'est honorer leurs hôtes ?

 

Quand une famille demande justice, qu'est ce qu'elle fait si ce n'est reconnaître la haute utilité de la justice plus que n'importe qui dans sa fonction de faire la vérité, la justice ?

 

Le lavage de cerveau est tellement subtile, que l'on en est à prier un système criminel de nous aider. Notre dignité en prend un coup.

 

Quelque jours plus tard, j'apprends que la justice s'oriente vers un non lieu dans l'affaire de la mort de Rémi Fraisse, l'information est rendue publique pour mieux préparer l'opinion publique à l'injustice qui vient (ça ne vous rappelle rien ?), parallèlement le même jour est annoncé publiquement la mis en examen d'un gendarme, toujours à Sivens, qui a blessé une personne. Un hasard ...

 

D'un côté un mort et pourtant un non lieu qui arrive et de l'autre côté une mise en examen dont les autorités s'efforcent de médiatiser. Un autre hasard ...

 

C'est à ce moment que les programmes en parallèle dans mon cerveau prennent fin, mon cerveau rejetait le lavage de cerveau que la société m'imposait, ça fait sens, je n'ai pas la même réaction que celle que j'aurais certainement eu si je n'avais pas lu le premier article, ma réaction est autre, consciente cette fois. La réaction de ceux qui combattent les violences policières (qui aurait certainement été la mienne) est tellement prévisible, ils crient haro sur le baudet. 

 

Ce qui me choque c'est que l'on ne voit pas parfois qu'en montant au créneau, on est les idiots utiles du système qui a anticipé nos réactions, pour ne pas dire voulu. Il s'agit de voir dans chaque décision juste de justice, non pas la preuve que le système fonctionne mais la preuve que le système cherche à se rendre légitime à moindre coûts en réaction d'un rapport de force et d'une possible légitime défiance fatale pour lui qu'il cherche à éviter à tout prix. Les criminels assermentés savent comment le système fonctionne : par le chantage. La justice est faible avec le respect des droits, pour ne pas dire lâche comme le rappelait le président de la république. S'il disait ça c'est qu'il avait été témoin de cette lâcheté autant que nous tous. Et par le chantage ils obtiennent tout ce qu'ils veulent, même le privilège de nous détruire, là où la justice devrait nous protéger. 

 

Monter en épingle une affaire moins sensible, pour mieux en enterrer 100 telle est la stratégie de ceux qui jouent avec nos vies comme avec des marionnettes. 

 

Pensez à cela lorsque la presse s'empressera de dire que « La police des polices est saisie ». 

 

N'importe quel quidam aurait mieux enquêté sur l'affaire de la mort de Wissam El Yamni. L'ego, l'orgueil, l'envie remplacent le vide laissé par leurs âmes.

 

Ne soyez pas de ceux qui diront : "on est sauvé, la police des polices et un juge d'instruction feront la vérité" bien au contraire, le loup récidiviste est dans la bergerie, prêt à détruire la vérité si on l'oriente dans ce sens. Des lâches, vous vous rappelez ...

 

Ce que je comprends c'est que notre comportement avec la justice et ses complices est le même que celui qui chercherait à négocier avec un videur qui le méprise le droit d'entrer pour dépenser et enrichir un système qui ne veut pas de lui.

 

Sa meilleure réaction la plus efficace sur le long terme aurait été d'aller enrichir un commerce qui veut de lui, en créer un autre s'il le faut, faire concurrence au premier. Recueillir les clients mécontents. Les écouter.  Les organiser. C'est le client qui fait vivre un commerce, si les clients ne croient plus dans un commerce, il meurt. Tout processus a un client, c'est lui qu'il faut atteindre. Pourquoi s'efforcer à donner une légitimité à un commerce qui nous méprise ?

 

Ce que je comprends c'est que le pouvoir c'est comme le monde dans une soirée ou dans une file d'attente, le pouvoir c'est d'abord le pouvoir que les autres nous accordent.

 

Plus vous avez confiance dans le système moins il vous honora parce qu'en lui accordant de la confiance vous lui donnez du pouvoir et vous perdez en rapport de force. Surtout que cette confiance n'est pas méritée. Sachez le. Nous l'avons appris à nos dépens. C'est parce qu'il y a du monde que le videur a le privilège d'être injuste. Enlevez le monde, vous verrez le comportement de ceux qui n'ont pas de valeurs ...

 

Alors que faire ? Ne pas demander justice et vérité ? 

 

Oui, il faut continuer à demander la justice. On n'a pas le choix de demander la vérité par ceux qui la cadenasse. Lorsqu'un acte déviant est commis, peu importe sa nature, sa personne, il doit y avoir châtiment, encore faut il que cette sanction soit juste et universelle pour qu'elle soit comprise et utile. Juste et universelle ...

 

Et puis, on a que ce que l'on demande. On ne pas peut crier à l'injustice si on ne demande pas la justice. Avec le temps, avec internet et le fait que la nouvelle génération ne regarde plus la télé, les choses avanceront dans le bon sens. Il ne sera plus aussi facile de mentir mille fois aux mêmes personnes. La vérité triomphera. 

 

Mais là où on devrait ne pas ménager nos efforts, c'est surtout d'arrêter de faire confiance aveuglément et d'honorer collectivement des hypocrites, qui violent notre confiance. Développons l'esprit critique. Comme disait un grand chanteur (lol), ils n'auront pas notre liberté de penser. 

commentaires

Haut de page