Mort de Wissam El-Yamni: la justice ordonne une nouvelle expertise médicale

" Cinq ans après la mort de Wissam El-Yamni, décédé à 30 ans après son interpellation par des policiers à Clermont-Ferrand, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Riom vient de donner raison à sa famille, qui réclamait une vraie expertise médicale indépendante sur les causes de sa mort.

Dans l'affaire Wissam El-Yamni, un chauffeur routier décédé le 9 janvier 2012 suite à son interpellation à Clermont-Ferrand, la chambre de l'instruction a ordonné le 4 avril 2017 une nouvelle expertise médicale sur les causes de sa mort, qui sera faite par un collège d'experts incluant un toxicologue. Ce sera la quatrième dans cette information judiciaire pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique », qui a rapidement tourné à la bataille d’expertises médicales.

Comme nous l’avions raconté, la dernière expertise, confiée à un radiologue, une cardiologue et un médecin légiste de Reims, exonérait les policiers. C’est « un trouble du rythme ventriculaire grave induit par la consommation simultanée d’éthanol en grande quantité et de cocaïne » qui a causé l’arrêt cardiaque, écrivaient les médecins, le 21 mars 2015. Ces deux substances, « favorisant les troubles du rythme, ont pu voir leur rôle pathologique majoré par le stress » de l’interpellation. Mais le caractère scientifique de cette analyse était douteux : à aucun moment les médecins ne se préoccupaient du fait que la cocaïne n’est présente qu’à l’état de traces, sans principe actif, dans le corps de la victime. Et ils bondissaient à la conclusion, en s'appuyant sur les dépositions des policiers, sans apporter aucune argumentation scientifique.

L’examen de ce rapport « fait apparaître que les experts procèdent, concernant les causes de la mort de Wissam El-Yamni, plus par affirmation que par démonstration scientifique », a critiqué, le 4 avril 2017, la chambre de l’instruction dans un arrêt que nous avons pu consulter. Les magistrats reprochent aux experts, dont « aucun […] n’est spécialisé en toxicologie », de privilégier la thèse d’un arrêt cardio-respiratoire causé par l’alcool et la cocaïne, « sans cependant se référer à une quelconque analyse quantitative des quantités absorbées à partir des résidus découverts ». « Ils ne font référence pour justifier leurs affirmations à aucune recherche concernant la toxicité du mélange », insiste l’arrêt.

Pour lever tout doute, la famille de Wissam El-Yamni avait sollicité un expert en toxicologie, Pascal Kintz, toxicologue à l’institut de médecine légale de Strasbourg. Selon ce médecin légiste, Wissam El-Yamni n’était plus sous influence de la cocaïne au moment de son interpellation. « Même si la cocaïne présente un risque de toxicité cardio-vasculaire, connue et décrite pour se manifester pendant 60 à 90 minutes après l’administration, il est hautement improbable que cette toxicité ait pu se manifester 6 à 8 heures après l’exposition », concluait-il en janvier 2016.

La chambre de l’instruction souligne que ce rapport, « qui émane d’une personne ayant autorité en matière de toxicologie et qui est appuyé sur des données techniques, semble exclure cette hypothèse compte tenu de la quantité de résidu de cocaïne présente dans le sang de l’intéressé ». Et qu’il est donc « impossible de clôturer le dossier sans qu’un collège d’experts, comportant un expert en toxicologie, ne se prononce à nouveau sur les causes de la mort ».

Dans ce dossier, Pascal F. et Arnaud P., les deux policiers de la brigade canine ayant interpellé Wissam El-Yamni, avaient été mis en examen pour coups mortels en 2014. Mais en janvier et septembre 2015, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Riom avait annulé ces mises en examen. Les deux policiers, toujours en fonction à Clermont-Ferrand, sont désormais simples témoins assistés. Le 1er décembre 2016, la juge d’instruction Myriam Fenina, quatrième magistrat à prendre en charge ce dossier, a signifié la fin de l’enquête, faisant craindre un non-lieu à la famille de la victime."

 

En espérant que cette fois les analyses médicales se feront pour la première fois à partir des éléments médicaux du 1er janvier et non pas du 4 janvier ou même d'après.

En espérant que les experts judiciaires ne se limiteront pas à affirmer mais bien à argumenter selon la conjonction des éléments médicaux et de la littérature scientifique.

En espérant que les témoinages des temoins du commissariat qui ont vus les policiers massacrer Wissam soient pris par le juge et transmis aux experts.

En espérant que les experts soient honnêtes, rigoureux et critiques et ne se laisseront pas amadouer par leurs amities, les chantages, les approches des uns ou des autres et notamment de la police des polices.

En espérant que les informations qu'ils leur seront parvenues soient les bonnes et complètes.

En espérant que le délai soit raisonnable. Les expertises indépendantes ont été faites en 15 jours !

Nous connaissons désormais la vérité, nous savons que les institutions la connaissent également.

#justicepourwissam
#justicepourtous

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