"Relève la tête" Marwan Muhammad

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"On pourrait se dire que la situation est sans espoir.

On pourrait se plaindre (légitimement) des discriminations et des violences qui touchent chaque jour plus de musulmans, en particulier les femmes et les enfants en milieu scolaire.

On pourrait se dire qu’il est temps de partir, qu’on n’a plus notre place ici, qu’on aura beau faire tous les sacrifices et tous les efforts du monde, on ne nous acceptera jamais en France. Jamais. On restera des citoyens de seconde zone, gentiment qualifiés d’issus de la diversité, traités d’extrémistes ou de controversés dès lors que l’on dit autre chose que ce qui est attendu de nous.

Comment espérer voir nos enfants grandir ici alors qu’on tente de confisquer leur devenir et leurs espérances avant même qu’ils ne soient nés ? Comment leur expliquer que leur maman est rejetée pour ce qu’elle est ?
On pourrait penser que la situation est dramatique, qu’il n’y a plus grand-chose à attendre d’un pays où, à droite comme à gauche, les musulmans sont devenus la variable d’ajustement, ceux dont on peut impunément piétiner la dignité… juste pour quelques points dans les sondages.
On pourrait être tentés de répondre par la violence aux crachats, aux insultes, aux regards de travers, aux soupirs d’exaspération et aux remarques désagréables dont on fait l’objet au travail, dans la rue, à l’école ou dans les transports en commun ; tous ces actes que ne reportent jamais les victimes silencieuses de l’islamophobie, tous ces gestes qui font qu’un jour après l’autre, la distance se creuse entre « eux » et « nous », tandis que ce clivage jusqu’ici sans objet se retrouve convoqué dans nos vies.
On pourrait pointer du doigt le déclin d’une identité qui peine à se définir autrement que dans le rejet de l’Autre, critiquer l’hypocrisie d’une liberté d’expression garantie uniquement quand elle s’exerce à nos dépens, dénoncer l’idée de fraternité qui n’existe que sur le fronton des mairies pour mieux masquer son absence dans nos cœurs et dans nos têtes, rappeler à chacun que la laïcité n’a jamais été conçue comme un outil de discrimination ou de censure du fait religieux, montrer l’incohérence d’un féminisme qui s’exerce à l’encontre même de celles qu’il prétend émanciper…
On pourrait pleurer de tristesse et de frustration.

On pourrait.

Mais où est-il écrit que nos vies seraient facile et sans épreuves ?
Depuis quand est-ce que les combats pour la justice et l’égalité se gagnent sans courage et sans endurance ?
J’ai grandi en rêvant d’être aux côtés de ceux qui ont fait l’histoire. Je m’imaginais auprès du Prophète Muhammad (asws) lorsque les musulmans étaient persécutés par les Qurayshs. J’aurais voulu emboîter le pas de Gandhi lorsqu’il menait la marche du sel pour la liberté des indiens ou être dans les rangs de Malcolm X arpentant les rues de Harlem pour la dignité des afro-américains.
Aujourd’hui, le combat que nous devons mener contre l’islamophobie n’est pas moins beau, pas moins grand, pas moins digne. La liberté n’est jamais acquise, toujours à conquérir.

Alors relève la tête.

Sache que même si le monde entier s’unissait dans l’oppression contre un peuple, l’idée de Justice et de Bien n’en seraient en rien diminuée. C’est encore bien loin d’être le cas aujourd’hui.

Sache que plus un système est injuste, plus les hommes et les femmes qui le subissent sont incités à s’unir et à agir pour le changer.
Sache qu’au-delà de la politique et des médias, il y a des êtres humains autour de nous qui ne sont pas réceptifs au discours de haine qu’on essaie de leur diffuser. A nous d’en faire des citoyens conscients qui luttent à nos côtés contre les injustices.
Sache enfin que le chemin du changement est pavé d’épreuves et de déceptions et que ce qui est requis de nous, plus que de la colère, c’est de la constance et de l’endurance.

Calmes et déterminés, dans l’action plus que la réaction, soyons les témoins et les acteurs du changement que nous commande cette situation.
Nous continuerons à vivre, à aimer nos familles et nos amis, à élever nos enfants avec tendresse et responsabilité, à chercher la connaissance là où elle se trouve, à sourire, à écrire, à créer, à partager, à contribuer à des projets utiles autour de nous, à soigner, à croire en Dieu et à pratiquer notre religion dignement. Nous continuerons à vivre, tout simplement.

On n’abandonnera jamais.

On ne se taira jamais face à l’injustice et aux discriminations, quelles qu’elles soient. On ne se soumettra jamais au diktat des oppresseurs sur les opprimés.

Et personne, vraiment personne ne pourra faire quoi que ce soit pour changer cette réalité.

Donc relève la tête, montre toi à la hauteur de ce que tu es et rappelles toi qu’il y a un sens à tout ce que l’on vit ; celui de retrouver par nos actes et nos intentions l’essence même de ce qui fait de nous des êtres humains :
La capacité à choisir de faire le Bien, même quand c’est difficile."

Marwan Muhammad

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