Parole d'un ripou (Paru dans le parisien de ce matin)

par cjvpourwissam

Parole d'un ripou (Paru dans le parisien de ce matin)

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La justice est immanente

par cjvpourwissam

La justice est immanente

On va faire simple pour que tout le monde comprenne...

Guéant a piqué 500 000 euros dans la caisse et la justice lui demande de payer 75 000 euros d'amende.

Donc Guéant garde 425 000 euros de l'argent volé.

La justice lui colle 30 mois avec sursis. Donc Guéant n'ira pas en prison...

On pourrait se lamenter en appelant à un deux poids deux mesures, à se dire que décidément, il n'y a pas de justice mais que des semblants de justice, on pourrait …

Mais si on prend un peu de la hauteur, que l'on soit croyant ou pas, force est de constater qu'ici bas tout se paye.

La Justice est immanente.

La Justice avec un grand J pas celle qui est aux ordres mais celle qui se manifeste malgré nous, elle est comme un ressort plus vous essayez de la diminuer plus vous la retardez et augmentez sa sévérité.

Il n'y a pas pire malédiction que d'être maudit par des mères dont les larmes ne cessent de couler.

La justice est immanente

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Antonio Gramsci

par cjvpourwissam

Antonio Gramsci


"Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.

L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter; elle est ce qui bouleverse les programmes, ce qui renverse les plans les mieux établis; elle est la matière brute, rebelle à l’intelligence qu’elle étouffe. Ce qui se produit, le mal qui s’abat sur tous, le possible bien qu’un acte héroïque (de valeur universelle) peut faire naître, n’est pas tant dû à l’initiative de quelques uns qui œuvrent, qu’à l’indifférence, l’absentéisme de beaucoup. Ce qui se produit, ne se produit pas tant parce que quelques uns veulent que cela se produise, mais parce que la masse des hommes abdique devant sa volonté, laisse faire, laisse s’accumuler les nœuds que seule l’épée pourra trancher, laisse promulguer des lois que seule la révolte fera abroger, laisse accéder au pouvoir des hommes que seule une mutinerie pourra renverser. La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien.

La plupart d’entre eux, au contraire, devant les faits accomplis, préfèrent parler d’idéaux qui s’effondrent, de programmes qui s’écroulent définitivement et autres plaisanteries du même genre. Ils recommencent ainsi à s’absenter de toute responsabilité. Non bien sûr qu’ils ne voient pas clairement les choses, et qu’ils ne soient pas quelquefois capables de présenter de très belles solutions aux problèmes les plus urgents, y compris ceux qui requièrent une vaste préparation et du temps. Mais pour être très belles, ces solutions demeurent tout aussi infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lueur morale; il est le produit d’une curiosité intellectuelle, non d’un sens aigu d’une responsabilité historique qui veut l’activité de tous dans la vie, qui n’admet aucune forme d’agnosticisme et aucune forme d’indifférence.

Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent. Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait. Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan, je vis, je sens dans les consciences viriles de mon bord battre déjà l’activité de la cité future que mon bord est en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice; et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.
Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents."

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Pour la dignité

par cjvpourwissam

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Sortie du film "Qui a tué Ali Ziri ?"

par cjvpourwissam

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La violence

par cjvpourwissam

La violence

"

À l’heure où la grande presse s’indigne unanimement contre la « violence » exercée par des salariés menacés de licenciement contre un DRH d’Air France, il n’est pas inutile de revenir sur le sens même de ces trois mots qui ne « font l’agenda » que lorsqu’il s’agit de stigmatiser et réprimer des opprimés : violence, insécurité, ou encore délinquance...


Une règle élémentaire de méthode veut qu’on commence toujours par définir les termes qu’on utilise. C’est précisément ce que se gardent bien de faire les journalistes et les élus qui partent en croisade contre la« violence » et « l’insécurité ». Ces derniers font en effet comme si le sens des mots violence, délinquance et insécurité allait de soi, comme si ces mots étaient interchangeables et comme s’ils étaient tous synonymes de : Jeune homme basané vêtu d’une casquette insultant une vieille dame avant de lui voler son sac – ou encore, assez souvent, de pauvre malmenant un moins pauvre. Ils occultent de ce fait d’innombrables formes de délinquance, de violence et d’insécurité – et notamment toutes celles dont sont victimes ces pauvres, avec ou sans casquettes.

Tout d’abord, violence n’est pas synonyme dedélinquance :

il existe des formes de délinquance qui sont peu ou pas du tout violentes, et ce sont justement celles-là qui contribuent à faire augmenter le chiffre global de la délinquance [1] (l’outrage à agent, par exemple, ne peut pas sérieusement être considéré comme un acte très violent, et la consommation de cannabis encore moins) ;

inversement, les formes de délinquance les plus violentes, comme les homicides volontaires, ne sont pas en hausse (ils stagnent autour de 600 cas par an – soit : pas plus que les décès causés par des accidents de travail, et dix à vingt fois moins que les décès par accident de la route ou par suicide), et pas davantage les homicides volontaires commis par des mineurs (autour de trente cas par ans), ni les homicides commis contre des policiers (autour de vingt cas par an).

Quelle violence ?

Par ailleurs, il y a des formes diverses de violence, plus ou moins graves, et plus ou moins légitimes. Quoi de commun entre un vol à l’arraché, une injure, une gifle, un meurtre, un viol, et une émeute consécutive à une « bavure » policière ? Quel est l’intérêt, pour la compréhension de ces phénomènes, de les ranger tous sous la même rubrique ?

Aucun. Le seul intérêt de cette catégorie d’amalgame est qu’elle permet d’imposer sans le dire une thèse implicite : la thèse selon laquelle il existe une réalité homogène, « la violence », qui commence dès le premier mot de travers, dès la première « incivilité », et qui se poursuit inéluctablement, si on n’y prend garde, dans une escalade qui culmine avec la criminalité organisée et l’homicide [2].

En d’autres termes : lorsqu’on se refuse à distinguer entre délinquance et violence, ou entre différents types et degrés de violence, on aboutit très vite à la « théorie de la vitre cassée » [3] et à la doctrine de la « tolérance zéro » [4].

Par ailleurs, l’essentiel de la violence qui s’exerce dans les quartiers dits sensibles n’est pas le fait des « jeunes de cité ». Les responsables ne sont en vérité ni jeunes ni de cité. Harceler, racketter et frapper sont bien des violences, et ces violences ne sont pas mineures, mais ces violences, et encore moins les murs taggés, les abribus cassés et les voitures brûlées, ne sont pas les seules qui « empoisonnent » la vie dans les cités. Dans les cités comme ailleurs, et sans doute plus qu’ailleurs, il existe bien d’autres formes de violence ou d’insécurité, dont les autorités se scandalisent beaucoup moins : la discrimination à l’embauche ou dans l’accès au logement par exemple, les plans de licenciement, notamment dans des entreprises bénéficiaires.

Quelle insécurité ?

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Car en se « réconciliant avec l’entreprise », la gauche s’est aussi réconciliée avec toute une série de violences qui s’y exercent. Outre la menace permanente du licenciement, il y a aussi la précarité : aujourd’hui, un salarié sur dix travaille en contrat à durée déterminée, en intérim, en stages ou en contrats aidés. Et la proportion ne cesse d’augmenter : CDD et intérim représentent 90% des recrutements dans les secteurs privé et semi-public. Ne s’agit-il pas de violence et d’insécurité ? L’angoisse d’être licencié, de ne pas voir son contrat renouvelé, n’est-ce pas l’insécurité la plus radicale et la plus répandue ? Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement d’un sentiment d’insécurité, puisque le travail précaire s’accompagne d’une série de violences physiques et morales bien réelles :

les maladies ou accidents de travail (qui se développent à cause du non-respect des normes de sécurité et de l’intensification des cadences) ;

le harcèlement moral infligé par les supérieurs hiérarchiques, dans un contexte où l’on entend chaque jour qu’il faut tout accepter pour conserver son emploi.

Et même lorsque ces « difficultés » ne sont pas identifiées comme violences, elles n’en sont que plus redoutables, car ce qu’on ne conscientise pas ou qu’on ne verbalise pas, on le somatise. Ce constat que Freud faisait déjà il y a un siècle, des psychiatres le font aujourd’hui à propos de l’entreprise, dans des livres qui ont rencontré un certain succès : Le harcèlement moral, de Marie-France Hirigoyen, et surtout Souffrance en France, de Christophe Dejours [5].

Quelle incivilité ?

Parlons aussi d’incivilité puisque, dans l’agenda gouvernemental, c’est devenu une priorité. Dès 1999, le mouvement Stop la violence rejoignait sur ce point Lionel Jospin ou Jean-Pierre Chevènement : des jeunes qui se « parlent mal », pouvait-on lire dans le manifeste, c’est déjà une violence. Assurément, mais ce que ne disait pas le manifeste, et que les gouvernants ne disent pas non plus, c’est qu’on se parle plus mal encore dans le monde du travail, de chef à subordonné. Quant à ceux qui sont privés de travail, ils subissent de véritable et innombrables violences et incivilités, quotidiennement et à peu près partout, jusque dans leur plus proche entourage. Sophie Badreau l’a très bien décrit :

« La recherche d’un emploi recèle une quantité insoupçonnée de petites violences, dont l’accumulation finit par fatiguer les organismes les plus résistants et par épuiser les volontés les plus affûtées. Cette usure psychologique est en grande partie générée par le fait que vous êtes sans cesse confronté plus ou moins directement à des personnes qui s’autorisent à porter des jugements sur vous, à vous expliquer pourquoi vous ne trouvez pas d’emploi, à critiquer vos choix et surtout à vous donner des conseils, alors que de toute évidence, elles sont totalement coupées des réalités du chômage en général, et totalement ignorantes de votre situation en particulier. Ces personnes expriment des opinions qui, pour la plupart, peuvent être rangées dans les catégories "tout le monde peut s’en sortir", "il y a du travail pour tout le monde", "vous ne savez pas vous y prendre". Inutile d’insister sur les effets dévastateurs que ce genre de théorie peut avoir sur le moral et sur la confiance en soi de ceux qui ne s’en sortent pas. » [6]

Cette violence sournoise et dévastatrice, non seulement nos dirigeants politiques ne la combattent pas, mais ils l’exercent : n’est-il pas violent, quand on cherche en vain un emploi depuis des mois ou des années, d’entendre un Président de droite [7] déclarer qu’« il y a du travail pour ceux qui veulent se bouger », ou un Premier Ministre de gauche [8] ne concéder qu’une « prime de Noël » dérisoire aux chômeurs en lutte en leur expliquant qu’il est « impossible d’en demander plus à la France qui travaille » – sans parler des actuels discours décomplexés opposant « la France qui se lève tôt » à celle qui se lève tard ? Ces discours culpabilisateur ne sont-ils pas des incivilités caractérisées ? Ne font-ils pas au moins autant de ravages que le parler cru de certains jeunes ?

Enfin, si l’on parle d’incivilité, que penser du ton de beaucoup de policiers ? Ou de ministres de l’Intérieur [9] qui parlent de « sauvageons », de « racailles » ou de quartiers à « nettoyer au Karcher » ?


Un art de l’ellipse et de l’euphémisme

Quant aux livres, rapports ou articles de presse qui prolifèrent depuis des années sur « la montée de la violence », au mieux ils mentionnent en passant le lien qui existe entre la violence des jeunes et « l’omniprésence de la violence dans les rapports sociaux » [10]. Dans ces écrits, la violence sociale est évoquée, mais jamais sérieusement prise en compte, ni dans l’analyse de fond ni dans les solutions proposées : la chose est dite, et aussitôt oubliée, comme s’il s’agissait d’un détail.

En d’autres termes : les gouvernants et leurs conseillers semblent savoir que le chômage et la précarité existent, il leur arrive même d’en parler, mais ils ne semblent pas en mesurer l’étendue ni la gravité – et surtout, il ne vient à l’esprit de personne de les ranger sous la catégorie de violence. On préfère inventer de nouveaux mots, qui effacent toute trace de violence : on ne dit pas qu’on licencie mais qu’on « dégraisse », qu’on « restructure » – on parle même de « plan social », ou de « plan de sauvegarde de l’emploi ». On ne dit pas qu’on exploite ou qu’on précarise mais qu’on « modernise », qu’on « rationalise » ou qu’on « assouplit »...

De même, l’État, qui est censé – suivant la formule de Max Weber – exercer « le monopole de la violence légitime », semble en vérité si peu sûr de sa légitimité qu’il préfère nier le caractère violent de son action : on ne dit pas qu’on enferme et qu’on expulse de force des gens installés en France, dont le seul tort est de ne pas avoir de papiers, mais plutôt qu’on place en « rétention » des « immigrés en séjour irrégulier » et qu’on les« reconduit à la frontière » [11]. Et il en va de même avec les mesures de police et de justice prises à l’encontre des jeunes délinquants :

pour ne pas dire qu’on enferme un mineur, on dit aujourd’hui qu’on l’ « éloigne » et qu’on le place dans un« centre strictement surveillé » ;

on ne dit pas qu’on sanctionne les parents pour les fautes de leurs enfants, mais qu’on prend des« dispositions coercitives » afin de les « responsabiliser » et de leur faire « prendre conscience de leur rôle d’adultes » [12] ;

et bien entendu, on ne parle pas de violence ou de brutalité policière, d’homicides ou de crimes policiers, mais d’interventions « musclées », de « bavures » ou de simples « décès ».

Une étrange échelle

À côté de ces violences invisibles, innommables ou euphémisées, il y a la violence que l’on voit et dont on parle : la fameuse « violence des jeunes ». On ne voit même qu’elle, et on ne parle que d’elle. Et lorsqu’il est question de cette « violence des jeunes », on n’a plus peur des mots : les auteurs du manifeste « Républicains n’ayons plus peur » [13] nous ont par exemple expliqué que « la violence scolaire commence avec l’usage du baladeur sous les préaux et les tenues délibérément provocantes des garçons comme des filles ». Et pour analyser ce qui se passe en banlieue, les dirigeants, les experts et souvent même les journalistes journalistes ont à l’unisson repris, au milieu des années 1990, une grille construite par une commissaire des Renseignements Généraux, Lucienne Bui-Trong, qui fait d’un simple attroupement de jeunes dans une cage d’escalier le premier échelon de la violence, sur une échelle qui va jusqu’à huit :

« Au premier rang figurent les conduites qui ne sont pas délictueuses aux yeux de la loi mais qui peuvent empoisonner la vie collective, comme les attroupements de jeunes dans les halls d’entrée, l’occupation intempestive des escaliers. » [14]

Les choses sont claires : il n’est pas question ici de racket ou d’agression, ni même d’injures ou de tapage nocturne, mais de la simple présence de quelques jeunes. Il s’agit donc bien, au sens strict, d’une « tolérance zéro », c’est-à-dire d’une sordide et pathologique intolérance : on reproche à des jeunes le simple fait d’être là, trop visibles, au lieu de rester chez eux, enfermés entre quatre murs. Leur simple existence est vécue comme une agression.

La grille de Lucienne Bui Trong présente une autre particularité : elle place les émeutes à un échelon plus élevé que l’homicide, alors qu’elles n’ont jamais provoqué le moindre décès. Comment dire plus clairement que désormais, selon le point de vue policier, une vie humaine – du moins celle d’un « banlieusard » – est moins précieuse que « l’ordre public » ?

De même, le Guide pratique pour les Contrats Locaux de Sécurité, édité par le Ministère de l’Intérieur, définit« l’incivilité » comme une « petite malfaisance (infraction mineure, impolitesse) dont la répétition quotidienne rend pénible la vie en société », et mélange sous cette catégorie de véritables violences (sur des biens) (« vandalisme, tags, poubelles renversées, vitres cassées, etc. ») et des « rassemblements d’individus oisifs »qui sont « ressentis » comme « une obstruction ou une menace » [15].

Voici donc sur quelles étranges définitions sont bâtis les « contrats locaux de sécurité » :

exploiter, expulser ou tabasser dans un commissariat, ce n’est pas une violence ;

écouter un Walkman, porter une jupe trop courte ou un foulard trop islamique, ou rester assis dans une cage d’escalier, c’est une violence.

L’un des résultats de ces singulières constructions conceptuelles, c’est un traitement également singulier de la déviance et de la violence sociale : si, comme nous l’avons vu, nos dirigeants et nos juges savent se montrer sévères à l’égard d’un mineur, d’un SDF ou d’un sans-papiers, il existe en revanche de nombreuses violences sociales pour lesquelles on peut parfaitement parler de laxisme, d’impunité et de culture de l’excuse. Il est utile de le rappeler car tout est fait, politiquement et médiatiquement, pour qu’on l’oublie : quand les pauvres, les immigrés ou leurs enfants ne sont pas coupables mais victimes, la police sait se montrer discrète, la justice clémente et le journalisme laconique. Il faut rappeler notamment que les entreprises, les commissariats ou les prisons sont à de nombreux égards de véritables zones de non-droit, et que certains coupables, qui ne sont ni pauvres ni banlieusards, ni jeunes ni issus de l’immigration, bénéficient d’une réelle impunité. Il faut rappeler enfin que face à ces violences, les gouvernants font de manière à peu près systématique ce qu’ils reprochent aux « gauchistes », « droits-de-l’hommistes » et autres « sociologues bien-pensants » de faire avec les petits délinquants : minimiser la souffrance de la victime, et chercher des excuses aux coupables.

C’est à toutes ces autres violences, et à la singulière indulgence dont elles bénéficient, que vont être consacrées les parties suivantes.

p.-s.

Une première version de ce texte est parue dans Le ministère de la peur. Réflexions sur le nouvel ordre sécuritaire, de Pierre Tevanian, paru aux éditions L’esprit frappeur en 2004.

notes

[1] Cf. L. Mucchielli, Violence et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français, La Découverte , 2001

[2] Un exemple parmi mille autres de cet amalgame de toutes les formes de violence derrière la catégorie générale de « la violence » : le discours de Daniel Vaillant dans son livre La sécurité. Priorité à gauche, Plon, 2003. L’ancien ministre de l’intérieur y écrit notamment ceci : « La violence a toujours existé dans nos sociétés, mais elle était plus ou moins contenue, selon les périodes. (...) Aujourd’hui, tout cela a été fragilisé. Il y a comme une transgression généralisée des interdits. On le voit dans le domaine des incivilités, des violences gratuites, et à une autre échelle, dans celui du terrorisme. »

[3] Version savante du célèbre « Qui vole un oeuf vole un boeuf », cette théorie postule que si la première petite infraction, par exemple une vitre cassée, n’est pas sérieusement et immédiatement sanctionnée, une escalade est inévitable vers des formes de déviance et de délinquance de plus en plus graves.

[4] Conséquence pratique de la théorie de la vitre cassée, la tolérance zéro consiste comme son nom l’indique à ne tolérer aucune « déviance »ou « incivilité », fussent-elles bénines.

[5] Cf. M.-F. Hirigoyen, Le harcèlement moral, Syros, 1998 et C. Dejours, Souffrance en France, Points seuil, 2000. Là où le livre de Marie-France Hirigoyen (et plus encore la couverture médiatique de ce livre) s’en tient à des exemples au cas par cas, et à une analyse psychologique du « harceleur », décrit comme une « personnalité perverse », le livre de Christophe Dejours propose une analyse beaucoup plus poussée du phénomène, montrant que c’est une interaction, et plus largement un système économique, qui produit le « harceleur ». Ce n’est pas tant la « personnalité » de tel ou tel individu qui est en cause dans le harcèlement ; c’est tout un système qui autorise et « banalise » certaines formes de brutalité, rebaptisées « gestion des ressources humaines ». Christophe Dejours rapproche cette « rationalisation » et cette « banalisation de l’injustice sociale » de la « banalité du mal », telle que l’a analysée Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem.

[6] S. Badreau, Chômeuse !, L’esprit frappeur, 1998

[7] Jacques Chirac, en l’occurrence, à Villepinte, le 22/04/1997 (cité par S. Badreau dans Chômeuse !, L’esprit frappeur, 1998).

[8] En l’occurrence Lionel Jospin, en janvier 1998 (cité par François Chesnais et Jacques Kirsner dansLibération le 08/06/1999.

[9] En l’occurrence Jean-Pierre Chevènement et Nicolas Sarkozy.

[10] Ce fut le cas notamment, au temps de la « gauche plurielle », des écrits de Sophie Body-Gendrot, et du rapport Dray-Huchon sur la région Ile-de-France

[11] On parle même de « retour » ou de « rapatriement », et on dit qu’on « renvoie chez eux » ceux qu’en vérité on chasse de chez eux – car chez eux, en réalité, c’est le lieu où ils se sont installés et où ils ont fait leur vie : la France

[12] Ainsi parle, par exemple, Christophe Soullez, dans Les violences urbaines, Les essentiels Milan, 1999

[13] Sur ce manifeste, cf. « Quelques remarques sur l’idéologie national-républicaine ».

[14] L. Bui Trong, « Échelle d’évaluation de l’insécurité dans les quartiers sensibles », Les cahiers de la sécurité intérieure, n° 14, août-octobre 1993.

[15] Ministère de l’Intérieur, Guide des contrats locaux de sécurité, La Documentation française, 1998"

http://lmsi.net/Vous-avez-dit-violence

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Vendredi 16 octobre

par cjvpourwissam

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Jack Kerouac

par cjvpourwissam

Jack Kerouac

"Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents...tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirer ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l'humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent."

Jack Kerouac (Sur la route)

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Appel

par cjvpourwissam

Appel

S'il y a dans ce livre beaucoup de choses qui prêteraient à débattre, il y a aussi de putains de bonnes idées, terriblement puissantes parce que clairvoyantes.

Si l'on devait en garder une, on pourrait garder celle qui appelle à une double dynamique vertueuse :

- faire « sécession » en utilisant « des formes de communication si intenses qu'elles arrachent à l'ennemi, là où elles s'établissent, la plus grande partie des forces. »

- tout en empruntant comme « aux Black Panthers pour la force d'irruption, à l'autonomie allemande pour les cantines collectives, aux néo-luddites anglais pour les maisons dans les arbres et l'art du sabotage, aux féministes radicales pour le choix des mots, aux autonomes italiens pour les autoréductions de masse et au mouvement du 2 Juin pour la joie armée. »

Les auteurs ont compris que la folie c'est de répéter les mêmes actions et espérer des résultats différents. Ceux qui font ce genre de textes sont souvent intolérants à d'autres visions, ce n'est pas le cas ici et c'est une bonne chose.

Les auteurs ont compris que tant que l'on n'aura pas intensifier nos formes de communication entre nous tout en innovant dans nos armes on répètera les mêmes erreurs.

http://bloom0101.org/wp-content/uploads/2014/10/appel.pdf

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i Amigos, no estais solos !

par cjvpourwissam

i Amigos, no estais solos !

"POUR LA DOULEUR, POUR LA RAGE,

POUR LA VÉRITÉ, POUR LA JUSTICE.

Septembre 2015.

Compañeras, compañeroas et compañeros de la Sexta du Mexique et du Monde :

Sœurs et frères des peuples de la Terre :

Notre cœur collectif, hier comme aujourd’hui, sait que notre douleur n’est pas lamentation stérile.

Il sait que notre rage n’est pas soulagement inutile.

Nous le savons, nous qui sommes ce que nous sommes, que nos douleurs et nos rages naissent et s’alimentent de mensonges et d’injustices.

Parce que celui qui est en haut, au dépens de nous qui en bas sommes ce que nous sommes, fait du mensonge une manière de faire de la politique, et décore la mort, la disparition forcée, l’incarcération, la persécution et l’assassinat du scandale de sa propre corruption.

Il est criminel, dans l’impunité et sans honte, celui qui en haut se trouve, et ce quel que soit la couleur de sa politique. Peu importe qu’il prétende se cacher derrière un changement de nom ou de drapeau.

Toujours le même visage, la même arrogance, la même convoitise et la même stupidité.

Comme si, en faisant disparaître et en assassinant, ils cherchaient à faire disparaître et à assassiner la mémoire.

D’en haut et de ceux qui y nichent leurs perversions et leurs faiblesses, nous ne recevrons que le mensonge pour salaire, et l’injustice pour appointement.

Ponctuels arrivent le mensonge et l’injustice, tous les jours, à toutes heures, et partout.

Cela ne les rassasie pas, de nous spolier de notre travail, de notre vie, de notre terre, de la nature.

Ils volent aussi celles et ceux qui sont à nos côtés : fils, filles, sœurs, frères, pères, mères, familles, compas, ami.e.s.

Celui qui en haut se trouve pourchasse. Enferme. Séquestre. Fait disparaitre, Assassine.

Il n’en finit pas seulement avec les corps, avec les vies.

C’est aussi des histoires qu’il détruit.

C’est sur la privation de la mémoire que celui d’en haut construit son impunité.

L’oubli est ce juge qui non seulement l’absout, mais également le récompense.

C’est pour cela, et pour plus encore, que nos douleurs et nos rages recherchent la vérité et la justice.

Tôt ou tard nous apprenons qu’elles ne se trouvent nulle part. Qu’il n’y a ni livre, ni discours, ni système juridique, ni institution, ni promesse, ni moment, ni lieu pour elles.

Qu’il faut les construire, c’est ce que nous apprenons.

Comme si le monde n’était toujours pas au juste, comme si un vide lui blessait le ventre, lacéré le cœur de la couleur qui sommes de la Terre.

C’est ainsi que nous apprenons que sans vérité et sans justice, il n’y a pas de jour ni de nuit qui ne sonne juste. Jamais ne se repose le calendrier, jamais ne se repose la géographie.

Dans de nombreuses langues, dialectes et signes, nous nommons la personne qui manque.

Et chaque douleur et chaque rage prend un nom, un visage, une histoire, un creux qui fait mal et qui indigne.

Le monde et son histoire se peuplent ainsi d’absences, Et ces absences se font murmure, parole dite avec fermeté, cri, hurlement.

Si nous crions, ce n’est pas pour nous lamenter. Si nous pleurons, ce n’est pas par nous faire de la peine. Si nous murmurons, ce n’est pas par résignation.

C’est pour que les personnes qui manquent trouvent le chemin du retour.

Pour qu’ils sachent qu’ils sont là, bien qu’ils manquent.

Pour qu’ils n’oublient pas que nous n’oublions pas.

Pour cela : pour la douleur, pour la rage, pour la vérité, pour la justice.

Pour Ayotzinapa, et pour tous les Ayotzinapa qui blessent les calendriers et les géographies d’en bas.

Pour cela la résistance.

Pour cela la révolte.

Parce que viendra le moment où paieront ceux qui tout nous doivent.

Il paiera, celui qui a pourchassé ; il paiera, celui qui a enfermé ; il paiera, celui qui a frappé et torturé. Il paiera, celui qui a imposé le désespoir de la disparition forcée. Il paiera, celui qui a assassiné.

Parce que le système qui a créé, alimenté, couvert et protégé le crime qui se montre sous les traits du mauvais gouvernement, il sera détruit. Il ne sera ni maquillé, ni reformé, ni modernisé. Démoli, détruit, mis fin, enseveli il sera.

C’est pour cela qu’en cet instant, notre message à destination des personnes endolories par une ou plusieurs absences n’est pas de réconfort ni de résignation.

Notre message est de rage, de colère.

Parce que nous connaissons cette même douleur.

Parce que nous avons la même rage dans les entrailles.

Parce que, bien que différents, ainsi nous nous ressemblons.

Pour cela notre résistance, pour cela notre révolte.

Pour la douleur et la rage.

Pour la vérité et la justice.

Pour cela :

Ne pas vaciller. Ne pas se vendre. Ne pas se rendre.

Pour cela :

Vérité et Justice !

Depuis les montagnes du sud-est mexicain.

Sous-commandant Insurgé Moisés.

Sous-commandant Insurgé Galeano.

Depuis un recoin de la planète qu’ils nomment “Terre”, septembre 2015.

* * *

Ce 26 septembre, des milliers de zapatistes, d’enfants et de jeunes, garçons et filles, femmes, hommes, autrEs, anciens et anciennes, vivant.e.s et mort.e.s, nous manifesterons au sein de nos territoires pour embrasser ainsi toutes les personnes qui ont de la douleur et de la rage, à cause de la prison, de la disparition et de la mort imposé par celui d’en haut.

Nous vous embrasserons aussi parce qu’ainsi nous nous embrasserons, nouEs, nous, zapatistes.

Et c’est ainsi que nous appelons toutes les personnes honnêtes et justes de la planète à ce qu’elles fassent de même, dans leurs calendriers et leurs géographies, selon leurs moments et leurs propres manières.

Parce que tant qu’ils chercheront à remplacer par des mensonges et des moqueries le manque de vérité et de justice, l’humanité continuera à n’être qu’une grotesque grimace sur la face de la Terre."

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