Angela Davis : « De Ferguson à Paris, marchons pour la dignité ! »

par cjvpourwissam

Angela Davis : « De Ferguson à Paris, marchons pour la dignité ! »

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/191015/angela-davis-de-ferguson-paris-marchons-pour-la-dignite

Angela Davis, marraine de la marche de la dignité et contre le racisme, bat le rappel pour l'événement du 31 octobre, à Paris. La marche, lancée par un collectif de femmes, est coanimée par des organisations de l'immigration et des quartiers populaires et également soutenue par de nombreuses organisations du mouvement social à l'échelle nationale et internationale.

" Une transformation historique est en cours dans les métropoles occidentales. Depuis 2013, les États-Unis traversent une vague de contestation profonde des institutions policières et judiciaires. À la suite de la mort de trois hommes noirs – Trayvon Martin, puis Michael Brown et Eric Garner entre les mains de la police –, un mouvement a vu le jour pour réclamer la justice sociale et raciale, sous le nom de « Black Lives Matter ».

« Les vies des Noirs sont importantes », dit littéralement le slogan. Cet énoncé prescriptif dénonce une politique systématisée qui veut que la vie d’une personne africaine-américaine soit moins importante que celle d’une personne blanche. La violence à l’encontre des Africains-américains ne se manifeste en effet pas seulement par des brutalités isolées, mais par une discrimination systémique au sein des institutions judiciaires et policières : les crimes racistes commis par les forces de l’ordre (et parfois par des citoyens blancs) restent impunis, sont sciemment couverts par les instances de répression et sont socialement validés par les arbitrages judiciaires.

Cette réalité est un secret de polichinelle. En faire le récit relève du lieu commun, mais il faut des milliers de personnes dans les rues pour l'imposer dans le débat public. Et c'est ce qui s'est produit : en deux ans, la question des violences policières est devenue incontournable dans le paysage médiatique et politique étatsunien. Ce tournant est le fruit d'initiatives multiples, des marches contre les violences policières jusqu'aux interpellations de candidats électoraux, en passant par une occupation résolue des réseaux sociaux, blogs et plate-formes numériques. Cette vague contestataire est l'un des mouvements les plus prometteurs depuis Occupy Wall Street pour ceux qui luttent en faveur de la justice sociale et de l'égalité.

En France, une initiative des plus prometteuses rassemble une pluralité de militantes, issues des horizons sociaux et politiques les plus divers, pour lutter contre le racisme d'État, l'islamophobie, la rromophobie, la négrophobie, et leur point de cristallisation principal : les violences policières. Ces femmes, toutes issues de l'immigration et des quartiers populaires, ont appelé à une « marche de la dignité » le 31 octobre, pour réclamer la fin de l'arbitraire policier et raciste.

Cet appel a d'ores et déjà reçu un soutien impressionnant. Elle est absolument unitaire au sein des luttes de l'immigration et des quartiers populaires. De nombreuses associations de terrain, qui luttent au quotidien contre l'islamophobie, la négrophobie ou encore la rromophobie, en sont partie prenante. À l'initiative de militants associatifs, des cars seront affrétés depuis la province vers Paris. Du côté de la gauche radicale française, il faut noter que la plupart de ses organisations ont appelé à cette manifestation. À l'international, de nombreux groupes autour de Black Lives Matter ont apporté leur soutien. C'est le cas aussi de Podemos ou encore de la coalition turque HDK auquel est affilié le principal parti d'opposition de gauche pro-kurde, le HDP.

Si cette initiative fait sens du côté de ceux qui subissent les discriminations de façon systématique, elle a donc aussi le potentiel d'être un mouvement rassembleur, un moment fort des mobilisations sociales au sens large et pour l'ensemble des forces progressistes. Elle porte aussi un message internationaliste, car il s'adresse à toutes celles et ceux qui luttent contre le système mondial de la suprématie blanche, soutenu par les États impérialistes et leurs politiques néocoloniales à l'étranger, carcérales et sécuritaires à l'intérieur.

Il n'est à cet égard pas anodin que cette mobilisation ait lieu en pleine offensive israélienne à Jérusalem et dans les colonies. Israël est aujourd'hui un pilier de ce système néocolonial, par son rôle de gendarme du Moyen-Orient, son régime d'apartheid à l'égard des Palestiniens et son rôle d'avant-garde dans le complexe militaro-carcéral et la promotion des technologies de maintien de l'ordre. Pour les marcheurs français, cette conjoncture est à la fois riches d'analogies, tant la France a une position pro-active dans les technologies sécuritaires (drones, surveillance, armes prétendument non léthales), et tant son gouvernement appuie systématiquement les initiatives israéliennes.

Enfin, cet appel est lancé en France par ce que, dans le monde anglophone, nous avons l'habitude d'appeler des « femmes de couleur » (women of color). Cette dimension résonne particulièrement avec les combats que j'ai eu à mener. Hier comme aujourd'hui, les femmes non blanches ont eu une place spécifique dans le système raciste. Du rôle de soutien de famille des Africaines-américaines jusqu'aux femmes, sœurs et filles d'hommes victimes du système policier et carcéral, nous, femmes de couleur, avons toujours joué un rôle d'avant-garde dans la lutte antiraciste. Je suis heureuse de voir de nouvelles générations de femmes reprendre ce flambeau, et réaffirmer la dignité de millions de voix écrasées, humiliées, de familles brisées, et d'héritages rompus.

Octobre 2015, Angela Davis "

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Otspor!

par cjvpourwissam

Otspor!

Srdja Popovic a fondé le mouvement Otspor! qui permit en 2000 la chute de Milosevic.

Dans son livre "Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes" il nous livre des conseils, des actuces qui ont été suivi et qui ont fait leurs preuves en Serbie, Ukraine, Egypte.

Dans ce livre, un chapitre est particulèrement important parce qu'il est à nos yeux le problème principal en France : l'unité dans le respect de la diversité sans sabotage.

Il commence par l'exemple de la Biélorussie où le dictateur s'est maintenu malgré une élection démocratique parce que l'opposition dilapida une grande part de son énergie à se battre sur des petites différences , au lieu de s'unir contre son adversaire commun.

Srdja souligne que l'unité est une chose complexe. C'est l'un des éléments les plus difficiles à obtenir et l'un des plus décisifs.
L'un des plus difficiles d'une part parce que nous avons tous la tendance innée à croire que nous savons tout mieux que les autres. Et puisque nos vies et nos expériences sont différentes, nous pensons différemment.

Srdja raconte comment en Serbie ils ont dépassé cela :
" Pour éviter cela, nous avons empilé toutes nos idées et tous nos espoirs dans ce slogan unitaire : "Il est fini" Cela nous aida à oublier nos différences et à nous rassembler autour d'un objectif unique.
Le slogan "il est fini", dans sa simplicité, suffisait pour que toute personne voulant un avenir sans Milosevic nous rejoigne. Nous restions concentrés sur "lui", malgré les revendication diverses et variées que pouvaient avoir par ailleurs les différents groupes d'intérêts concernés."

Srdja souligne qu'il est impossible d'assurer l'unité lorsque des groupes cherchent les conflits horizontaux parce que les différences ne manquent pas et qui cherche trouve. Comme il n'est pas impossible d'empêcher des lettres ouvertes écrites par des irresponsables, saboteurs de l'unité dans le respect de la diversité.

Il dit que la seule chose que l'on peut faire c'est apprendre à partir des expériences des autres à tolérer malgré la diversité pour mieux faire scintiller nos points de convergence. En voici un exemple :
"Dans les premiers jours du soulèvement de 2011 sur la place Tahrir, certains commentateurs avaient prédit que la violence sectaire l'emporterait sur le sentiment d'euphorie qui avait envahi le pays tout entier - ce n'était qu'une question de temps. Alors, comment les activistes traitèrent-ils ce problème ? Un vendredi, alors que les musulmans s'agenouillaient pour la prière, leurs compatriotes chrétiens firent une chose inouie dans l'histoire chaotique de ce pays : main dans la main, ils formèrent un cordon pour protéger leurs amis musulmans du harcèlement et leur laisser de l'espace pour prier en paix. A un moment, un couple chrétien organisa un mariage public au milieu du chaos de la place Tahrir, et quand les nouveaux mariés se tournèrent vers la foule, ils furent acclamés et reçurent les voeux des musulmans comme des chrétiens. Touché par l'unité religieuse sur la place, le révérend Ihab-el-kharat bénit les manifestants en des termes pour le moins attendus : "Au nom de Jésus et de Mahomet, nous unifions nos rangs. Nous continuerons à manifester jusqu'à la chute de la tyrannie.""

Et ce qu'ils firent !

Il s'agit de faire un choix : s'unir dans la diversité ou se désunir dans la recherche de l'unité par une négation et une intolérance à la diversité.

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Marche de la dignité - Reportage AlterJT

par cjvpourwissam

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Commentaires sur l'article "Confession d'un ripou"

par cjvpourwissam

Commentaires sur l'article "Confession d'un ripou"

"« Gardien de la paix » ou cowboy urbain ?


Son témoignage permet tout d’abord de faire ressortir un élément qui revient régulièrement dans les discours des policiers, et particulièrement chez ceux de la BAC. Ceux-ci se décrivent souvent à la recherche d’action, de suspense. L’intéressé le dit lui-même : « je n’aurais pas pu me mettre derrière un feu rouge à dresser cent PV par jour » ou encore « ne pas rentrer dans une cité par peur ». Ainsi, derrière l’image que cherche à se donner la Police Nationale, celle de « gardiens de la paix » au service de la population, le discours des policiers montre une réalité bien différente. On y voit des agents mus par l’envie d’en découdre, de faire leurs preuves, de montrer de quoi ils sont capables, grisés par l’impunité dont ils disposent, et ce particulièrement dans les quartiers populaires. Et avec les conséquences que l’on sait pour les habitants qui résident sur leur terrain de chasse : harcèlement, violences policières, qui vont régulièrement jusqu’au meurtre, toujours couverts par la justice. Chaque année, des dizaines de personnes meurent ainsi sous les coups de la police, en silence et dans l’impunité.

Dans son témoignage, Benoît O. n’y va pas par quatre chemins : « En matière de stupéfiants, entre 70 et 80 % des procès-verbaux en France sont faux et tout le monde le sait dans la police ! ». Mais cela n’empêche pas de fêter les arrestations de « dealers » à coup de champagne le soir au commissariat. D’ailleurs, l’intéressé en a la conviction : il a arrêté de « vrais bandits » et « si c’était à refaire, [il] referai[t] la même chose ». On voit ici tous les mécanismes de pensée d’une police raciste et empreinte de mépris de classe qui, même en sachant consciemment avoir bricolé les preuves de l’arrestation, se persuade de la culpabilité de ses victimes. D’ailleurs, pourquoi en douter, alors que ces méthodes ont permis à l’intéressé de devenir « l’un des dix meilleurs de Seine-Saint-Denis, à entendre [sa] hiérarchie » et d’être décoré de la médaille du courage de bronze et d’argent ? Pour lui, son arrestation n’est d’ailleurs pas tant liée à ses méthodes, mais au fait qu’il ait commencé à concurrencer les policiers de la Police Judiciaire (PJ) en ramenant des affaires « de folie ».

Dès lors, comment peut-on s’étonner que certains essayent d’aller plus loin, et comme dans le cas de Benoit O., de passer aux fichiers des immatriculations la voiture que son voisin voulait acheter, voire de carrément commencer à vendre soi-même de la drogue ? "

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COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 14/10/2015

par cjvpourwissam

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 14/10/2015

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 14/10/2015
COLLECTIF URGENCE NOTRE POLICE ASSASSI
NE


Des familles inquiètes du permis de tuer exigé par certains syndicats de police

Face à l'appel des syndicats de police à une remise en cause du cadre légal de la légitime défense ce mercredi 14 octobre, le collectif de familles de personnes décédées dans le cadre d'une intervention policière Urgence Notre Police Assassine met en garde contre la délivrance d'un permis de tuer à des policiers qui bénéficient déjà d'une impunité hors du commun dans des affaires ayant entraîné la mort d'une personne. Impunité qui a d'ailleurs déjà fait l'objet de deux rapports d'Amnesty International, l'un en 2009, et l'autre en 2012[1].


En France, plus de 15 personnes meurent chaque année dans le cadre d'une intervention policière[2] sans qu'aucun policier ne soit jamais condamné à une peine de prison pour leur mort. Malgré ses tweets de soutien aux familles des jeunes Noirs tués par la police aux Etats-Unis, Christiane Taubira refuse d'aborder le sujet en France, alors que les drames se multiplient chaque mois.

Le 6 mars 2015, Amadou Koumé, 34 ans et père de famille, mourrait avant d'arriver au commissariat à Gare du Nord à Paris, vraisemblablement asphyxié. Huit mois plus tard, et malgré un rassemblement de plus de 250 personnes le10 octobre dernier sur les lieux du drame, sa compagne Jessica attend toujours la nomination d'un juge, et l'ouverture d'une instruction, normalement automatique dans de pareilles circonstances.

La famille de Wissam El Yamini, mort sous les coups d'une vingtaine de policiers en 2012 à Clermont-Ferrand, n’a toujours pas vu de policier inculpé pour sa mort[3]. Les familles de Lamine Dieng, mort étouffé dans un fourgon de police en 2007 à Paris, Ali Ziri, retraité de 69 ans, mort à Argenteuil (95) suite à une clé d'étranglement, Mahmadou Maréga, mort dans un ascenseur avec des policiers à Colombes (92) en 2010, ont eu la douleur de faire face à des "non lieux" après des années de procédure judiciaire[4]. Celle de Hakim Ajimi, mort à Grasse en 2008 au cours d'une interpellation en plein jour, en centre ville et devant des dizaines de témoins, a dû se contenter d'une peine de sursis pour trois des policiers impliqués[5]. La famille de Hocine Bouras, tué d'une balle dans la tête alors qu'il était menotté dans une voiture à l'été 2015, attend toujours la mise en examen du policier qui a tiré[6]. Celle d'Abdoulaye Camara, abattu en décembre 2014 au Havre, constate que l’enquête concernant leur proche est au point mort[7]. Celle d'Amine Bentounsi[8], tué le 21 avril 2012 à Noisy-Le-Sec, a vu les faits d"'homicide volontaire" requalifiés en "violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner". Celle de Lahoucine Aït Omghar, mort de 5 balles à Montigny-en-Gohelle, se bat pour que l'enquête reste ouverte[9]...


Alors que ces enquêtes stagnent, traînent en longueur, et que les avocats épuisent tous les recours possibles, les familles ont toutes en tête celles de Zyed et Bouna, morts le 27 octobre 2005, et dont la Justice a décidé qu'ils n'avaient pas été victime de non assistance en danger...près de 10 ans après les faits. Ensemble, elles se battent pour que leurs morts ne tombent pas dans l’oubli, pour que justice se fasse, et que les policiers dangereux soient mis hors état de nuire à d’autres.


L'indignation à géographie variable de Christiane Taubira en matière d'impunité policière depuis sa prise de fonction au Ministère de la Justice lui avait valu une lettre[10] de la part de la fondatrice du Collectif, Amal Bentounsi, la sœur de Rémi Fraisse, et Raymond Gurême, Tsigane de 89 ans roué de coups par la police, la poussant à se pencher sur le cas français. Aujourd'hui, les familles du collectif Urgence Notre Police Assassine s'interrogent: va-t-elle pousser jusqu'à accorder aux policiers un permis de tuer?


[1] http://www.amnesty.fr/Nos-campagnes/Crises-et-conflits-armes/Presentation/Violences-policieres-France
[2] Cf. enquête dans http://www.bastamag.net/Homicides-accidents-malaises
[3] http://www.liberation.fr/societe/2015/01/21/mort-d-un-homme-a-clermont-ferrand-la-mise-en-examen-d-un-policier-annulee_1185510
[4] Cf. site http://atouteslesvictimes.samizdat.net/?p=1482
[5] http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/02/11/affaire-ajimi-la-condamnation-des-trois-policiers-confirmee-en-appel_1830256_3224.html
[6] http://www.lalsace.fr/haut-rhin/2015/08/31/marche-blanche-en-hommage-a-hocine-bouras
[7] http://www.normandie-actu.fr/dossiers/tue-par-la-police-au-havre-ligpn-a-finalement-ete-saisie-de-laffaire_118667/
[8] http://france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/seine-saint-denis/rassemblement-en-memoire-d-amine-bentounsi-tue-par-un-policier-en-2012-716953.html
[9] http://www.lavoixdunord.fr/region/l-interpellation-de-lahoucine-s-etait-soldee-par-un-ia34b54040n2948264
[10] à lire sur http://www.saphirnews.com/De-Ferguson-a-Paris-Christiane-Taubira-une-indignation-a-geographie-variable_a20031.html

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Parole d'un ripou (Paru dans le parisien de ce matin)

par cjvpourwissam

Parole d'un ripou (Paru dans le parisien de ce matin)

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La justice est immanente

par cjvpourwissam

La justice est immanente

On va faire simple pour que tout le monde comprenne...

Guéant a piqué 500 000 euros dans la caisse et la justice lui demande de payer 75 000 euros d'amende.

Donc Guéant garde 425 000 euros de l'argent volé.

La justice lui colle 30 mois avec sursis. Donc Guéant n'ira pas en prison...

On pourrait se lamenter en appelant à un deux poids deux mesures, à se dire que décidément, il n'y a pas de justice mais que des semblants de justice, on pourrait …

Mais si on prend un peu de la hauteur, que l'on soit croyant ou pas, force est de constater qu'ici bas tout se paye.

La Justice est immanente.

La Justice avec un grand J pas celle qui est aux ordres mais celle qui se manifeste malgré nous, elle est comme un ressort plus vous essayez de la diminuer plus vous la retardez et augmentez sa sévérité.

Il n'y a pas pire malédiction que d'être maudit par des mères dont les larmes ne cessent de couler.

La justice est immanente

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Antonio Gramsci

par cjvpourwissam

Antonio Gramsci


"Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.

L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.

L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter; elle est ce qui bouleverse les programmes, ce qui renverse les plans les mieux établis; elle est la matière brute, rebelle à l’intelligence qu’elle étouffe. Ce qui se produit, le mal qui s’abat sur tous, le possible bien qu’un acte héroïque (de valeur universelle) peut faire naître, n’est pas tant dû à l’initiative de quelques uns qui œuvrent, qu’à l’indifférence, l’absentéisme de beaucoup. Ce qui se produit, ne se produit pas tant parce que quelques uns veulent que cela se produise, mais parce que la masse des hommes abdique devant sa volonté, laisse faire, laisse s’accumuler les nœuds que seule l’épée pourra trancher, laisse promulguer des lois que seule la révolte fera abroger, laisse accéder au pouvoir des hommes que seule une mutinerie pourra renverser. La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien.

La plupart d’entre eux, au contraire, devant les faits accomplis, préfèrent parler d’idéaux qui s’effondrent, de programmes qui s’écroulent définitivement et autres plaisanteries du même genre. Ils recommencent ainsi à s’absenter de toute responsabilité. Non bien sûr qu’ils ne voient pas clairement les choses, et qu’ils ne soient pas quelquefois capables de présenter de très belles solutions aux problèmes les plus urgents, y compris ceux qui requièrent une vaste préparation et du temps. Mais pour être très belles, ces solutions demeurent tout aussi infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lueur morale; il est le produit d’une curiosité intellectuelle, non d’un sens aigu d’une responsabilité historique qui veut l’activité de tous dans la vie, qui n’admet aucune forme d’agnosticisme et aucune forme d’indifférence.

Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent. Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait. Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan, je vis, je sens dans les consciences viriles de mon bord battre déjà l’activité de la cité future que mon bord est en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice; et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.
Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents."

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Pour la dignité

par cjvpourwissam

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Sortie du film "Qui a tué Ali Ziri ?"

par cjvpourwissam

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