S'attaquer au tronc

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Différents problèmes peuvent avoir la même cause. S'attaquer à une cause profonde peut régler différents problèmes. L'erreur que beaucoup de personnes font c'est de s'attaquer qu'aux causes apparentes. S'en prendre à un groupe alors que ce groupe ne tient sa légitimité que d'un autre c'est comme couper les feuilles d'un arbre au lieu de s'attaquer au tronc d'arbre. Parfois même, le fait de s'attaquer aux feuilles peut aider l'arbre à se développer.

Le pouvoir c'est le tronc, il ne se donne pas, il se prend. Pour le prendre, il faut aller là où il s'exerce. Il faut investir les lieux, les mots, les espaces physiques et virtuels.

En effet, à force d'utiliser certains mots, des mots ont perdu de leurs sens alors qu'ils avaient un potentiel important. La liberté, l'amour par exemple, ne veulent plus dire grand chose. On se bat d'abord pour la liberté, pour l'idée de la liberté. 
Aussi, polir les mots qui nous animent est source de motivation (d'où mes nombreux écrits). Tout combat est d'abord un combat idéologique, c'est un ensemble de valeurs contre des autres. 

Parfois l'ennemi, nous aide à nous sublimer parce qu'il nous laisse pas une porte de sortie et nous pousse à l'affrontement frontal. Alors il faudra être endurant. Ceci ne signifie pas se lancer à corps perdu. Il s'agit simplement s'engager dans la durée dans une cause que l'on croit juste et d'agir en conséquence. Se reposer si c'est nécessaire pour mieux repartir.

L'une des autres causes profondes des maux de la société c'est l'individualisme. L'individualisme crée des problèmes d'interface parce que les gens sont alors dans la défense d’intérêt, ils gagnent parce que d'autres perdent, on est dans une somme nulle : la société est perdante. Les problèmes d'interface crée une complexification du système et l'apogée des experts, experts des interfaces. Cette expertise, accompagnée d'une compartimentation des activités humaines provoque une déresponsabilisation collective : chacun ne se sent pas responsable du produit final du processus de son action, alors qu'il suffirait qu'un maillon de la chaine puisse ne pas participer pour faire voler en éclat cette complexification des activités. C'est l'une des plus grande erreur de l'humanité que de ne pas se voir comme partie intégrante d'un processus et donc collectivement responsable de ce qui se joue collectivement. 

Cette complexification est aussi une opportunité. En réalité, comme il est plus simple d'être juste qu'injuste, il est aussi plus simple de vivre dans une société préservatrice des droits de l'homme plutôt que de vivre dans une tyrannie. Maintenir une tyrannie est en réalité consommateur de beaucoup d'énergies et de ressources. C'est la raison pour laquelle aucune tyrannie n'a duré dans l'histoire de l'homme. Les tyrannies reposent sur le consentement de la foule. Les tyrannies disparaissent lorsque la foule a compris les règles du jeu, qu'elle était le dindon de la farce ou bien elles disparaissent lorsque le pouvoir a compris qu'il était plus simple de maintenir une société préservatrice des droits de l'homme plutôt que d'user des stratagèmes les plus tordus pour maintenir la tyrannie. A chaque événement mensonger, le pouvoir devra en effet s'il ne change pas de logique faire encore plus d'efforts. Petit à petit, le peuple perçoit cette dissociation de plus en plus grande entre les principes fondateurs et la réalité. C'est la variation et non la moyenne que le peuple perçoit : un bus qui vient tous les 20 min avec 1 min de variation sera mieux perçu qu'un bus qui arrive tous les 15 min avec une variation de 5 min. On a été élevé avec la culture de la moyenne alors que l'on raisonne naturellement en variation. La vraie modernité, la société pérenne est celle qui apporte la justice à chacun avec une faible variation des conséquences selon les mêmes causes. Le contraire d'un deux poids deux mesures.

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Siné Mensuel

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Keny Arkana - V pour vérités

 

 


 

 

« Rappelez-vous de nos paroles quand ils nous diront terroristes » Keny Arkana

 

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"La police mutile, la police assassine" Retour sur la manifestation de Nantes du 21 février 2015

 


Hier j'étais sur Nantes dans le cadre de la semaine de résistance. J'ai manifesté avec nos amis Nantais.

A en croire les médias, on aurait affaire, pour faire simple, à des petits cons là où je vois plutôt des justes qui vivent leurs vies là où d'autres passent à côté. J'ai pu m'apercevoir à quel point on jugeait un mouvement à la quantité de ses membres, à son paraître. J'ai été étonné par le décalage avec ce dont je vivais, par l'atmosphère de la manifestation qui s'en dégagé, quelle bouffée d'oxygène ! Elle me rappelle l'ambiance électrique des premières manifestations suite à la mort de nos frères : une même focalisation collective convergente et transcendante, une onde de révolte avec une même fréquence, une même conviction d'être du bon côté.

J'ai eu l'occasion aussi d'échanger. Comme toujours, plus qu'on peut le penser l'échange est extrêmement important parce qu'extrêmement enrichissant. J'ai pu mesurer la précision des arguments, la clarté de la vision sur la France, sur l'Europe, sur le monde.

On pourrait se laisser abattre par une impression d'impuissance, de fatalité. Durant la révolution française, beaucoup se disait que l'on a jamais vécu sans roi et que l'on ne pouvait pas faire autrement. Durant la seconde guerre mondiale, les résistants étaient minoritaires. Si on ne peut pas compter sur la majorité même sous un régime Nazi, on ne peut pas compter sur la majorité sur la question des violences policières mais sur soi-même. La révolution bolchevik avait étonné parce qu'elle a eut lieu dans un pays beaucoup moins industrialisé là où les bolcheviks étaient beaucoup plus minoritaires que dans l'Europe occidental. Lénine parlait de professionnalisation du révolutionnaire. Il nous faut prendre exemple sur Lénine parce qu'on ne peut pas, on ne peut plus compter sur une démocratie ou sur des politiques qui ne sont en réalité que la manifestation tyrannique de la majorité sur la minorité. Hitler avait été élu démocratiquement.

On peut changer le monde. Oui, on peut changer le monde. Soyons créatifs tout en gardant le souci du détail. Indignons nous tout en n'oubliant pas les limites et les moyens. Soyons attentifs aux jeux répétitifs. Testons d'autres visions du monde. Sortons de la pensée unique. Ayant foi dans notre idéal parce qu'aucune tyrannie n'a éternellement durée. Confrontons nous à notre peur, elle peut être l'expression en réalité d'un besoin caché. Préservons notre curiosité spécifique et globale. Sachons foncer, mais prendre de temps en temps du recul. Gardons cette enthousiasme tout en étant réaliste. Mais surtout continuons à créer des liens, toujours des liens.

Oui, on peut changer le monde et on est déjà en train de le changer parce que notre monde est autour de nous et on peut changer le monde autour de nous.

Merci les Nantais !

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La police en sévices commandés

http://www.zelium.info/la-police-en-sevices-commandes/

 

Cet article est issu de notre numéro spécial Ordre et Sécurité (Zélium n°1 nouvelle formule), publié en décembre 2014. Depuis, d’autres exemples de la brutalité perpétuée par la police française ont émaillé l’actualité. Bien avant le 7 janvier. De banales affaires, très instructives, de récidives implacables. Celle de Joué-lès-Tours par exemple. La mort du jeune Bilal, 20 ans, abattu le 20 décembre devant un comico. Présenté très vite comme un acharné fou-de-dieu, avant qu’on ne découvre l’envers du décor (à lire ici cinq jours après – et là un moins plus tard)…

Notre enquête en cite d’autres, de plus grande ampleur, et montre bien que l’impunité est le grand point commun de tous ces crimes. De la petite humiliation à l’ignoble brutalité raciste, en passant par les mutilés du « maintien de l’ordre » et le crime déguisé en légitime défense, couvert par une institution du mensonge. Sans oublier que – atmosphère post-7 janvier aidant – dénoncer cette vérité (comme ici à Montreuil le 14 février) est jugé répréhensible. Manifestez votre opposition et vous aurez droit au combo gagnant : encerclement dissuasif et arrestation préventive…

« Ne craignez rien, c’est la police », disions-nous en Une de ce numéro de décembre…

Dessins : Lasserpe, Mutio, Gab, Pakman et Willis pour Zélium.

LASSERPE_violence-smParis, 14 novembre 2014. Le puissant syndicat de policiers Alliance organise sa grande manif nationale entre Bastille et République. Le cortège est aussitôt perturbé par une troupe qui répand sur le bitume de la peinture visqueuse rouge-sang, façon Act-Up… Alors que le troupeau piétine le sol, la rage des militants éclate : « C’est pour symboliser les marques de pas d’assassins ! La police tue toujours en toute impunité. Rémi Fraisse a été enterré hier ! Cette manif de flics, c’est une insulte ! » (1)

Ce type d’action peut paraître désespéré et dérisoire. Mais les familles de victimes de crimes policiers doivent rester visibles pour espérer que lumière soit faite sur la mort de leurs proches. Car dans ces affaires, l’ombre est la règle. En terme statistique, le problème n’existe même pas ! Aucun historique, aucun relevé régulier n’est fait officiellement pour évaluer l’ampleur des violences et des crimes policiers (contrairement aux États-Unis, au Canada, à l’Allemagne). Rien non plus sur le nombre d’enquêtes ouvertes, encore moins leur issue, suite aux plaintes des familles.

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Le « problème » est pourtant quantifiable. Reprenant le travail minutieux effectué pendant vingt ans par Maurice Rajsfus avec son bulletin Que fait la police ? (lire son texte page 7), le journal en ligne Basta !, à l’issue d’une solide enquête publiée en avril dernier (2), a décompté 320 morts causées par la police depuis près de quarante ans (1977-2014). Au moins le double si l’on remonte à la fin de la période coloniale (3). Années noires : 1988 (26 morts), 1980 (19), 2012 (19) et 2007 (16). La période 2000-2014 est la plus meurtrière, avec 133 crimes policiers – incluant celui de Rémi Fraisse. Avant 1997, la moyenne était entre six et huit par an. Ces dernières années, on est proche de 20 par an. Si l’on en croit les collectifs de lutte dans les quartiers populaires, la délicate attention des polices « de proximité » fait tomber tous les quinze jours une personne, morte ou grièvement blessée. Les « baqueux », agents en civil des BAC, les brigades anti-criminalité, sont les plus féroces. Ses quelques centaines d’agents sont à l’origine de 33 meurtres en vingt ans – contre une quinzaine causés par des CRS (effectifs : 14 000). Créée en 1971 pour « pacifier » Paris et sa banlieue, généralisée sous Pasqua en 1993, la BAC s’inspire fortement des unités chargées de mater l’indigène en métropole dans les années 50-60. On peut alors parler de « processus de reconversion des répertoires de guerre coloniale dans le contrôle des pauvres et des enfants de colonisés », comme le dit Mathieu Rigouste (4), fin connaisseur de la machinerie militaro-policière – au propre comme au figuré, ayant été tabassé par les baqueux de Toulouse en juin 2013…

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Mutilations et terreur d’État

Le portrait-robot de la victime de la police ne surprendra personne : homme, moins de trente ans, noir ou maghrébin, enfant de l’immigration et habitant une de ces zones de relégation sociale que la démocratie libérale fabrique à la pelle depuis des lustres. Les causes de la mort ? Multiples mais récurrentes : courses-poursuites finissant en accidents mortels, interpellations brutales abusant de techniques pourtant proscrites (« pliage », clés d’étranglement…). Mais le flingue de service reste l’arme la plus fatale. « Sur un échantillon de 200 personnes tuées par balles, écrit Basta, une cinquantaine sont atteintes à la tête, 25 dans la poitrine, 25 dans le dos, une dizaine dans l’abdomen, une dizaine dans la nuque, une dizaine dans le cœur, six dans le cou. (…) Les situations où les agents se font tirer dessus, et sont donc contraints de riposter, demeurent exceptionnelles. » Dernier en date : Timothée Lake, abattu par la BAC de Toulouse deux semaines avant Rémi Fraisse. Il tentait de braquer une supérette avec un calibre en plastique.

Mourir en tant que manifestant, sous les coups ou les armes de la police, est bien entendu rarissime (huit cas recensés, l’avant-dernier remontant à 1977 lors d’un rassemblement anti-nucléaire). Car lorsque la police ne tue pas, elle perpétue la terreur d’État en infligeant blessures graves et mutilations. Le maintien de l’ordre n’est alors plus que de la gestion du désordre, quand il ne s’agit pas de le provoquer. C’est le rôle des « armes non létales », beau spécimen de la novlangue policière. Le pistolet électrique Taser, pourtant taxé d’engin de torture par ces ultragauchistes de l’ONU, a encore fait deux morts en France en 2013 et un en septembre 2014. Le flashball, joujou accrédité dans l’arsenal anti-émeute depuis vingt ans, a causé des dizaines de blessures graves, dénoncées en vain (5). Son successeur, le LBD (« lanceur de balles de défense ») est très offensif : c’est un fusil de chasse « adapté » au maintien de l’ordre. Plus puissant, plus précis que le flashball, il tire des balles en latex plus petites : tirées en plein visage, elles peuvent pénétrer dans les globes oculaires. Bilan : sur quarante blessures graves par LBD connues depuis 2007, près de la moitié ont éborgné les victimes. Et les grenades ? Avant l’affaire Fraisse, de nombreux cas de blessures ont été causés par des débris de grenades sans qu’un ministre ne réclame leur « suspension ». Toutes, pas seulement les méchantes « offensives » de la gendarmerie, crachent des échardes en plastoc ou en métal, débris si minuscules qu’aucun chirurgien ne pourra les retirer : lacrymos « flashbang » à forte détonation, grenades de « désencerclement » propulsant des plots en caoutchouc (6).

GAB_violence-smParcours du combattant

Si la peine de mort est abolie depuis trente ans, un vicieux permis de tuer l’a bel et bien remplacé. Car l’impunité est la règle pour les policiers impliqués dans la mort d’un « interpellé ». Basta ! évoque 130 affaires – 40 % du sinistre bilan – tombées dans l’oubli : pas de suites judiciaires connues. Maître Arié Alimi, l’un des avocats de la famille Fraisse, déclare à Zélium avoir défendu depuis onze ans des dizaines de familles victimes de la police. « Aucune procédure n’a abouti à une condamnation… Ah si ! Une fois. Mais cela a été annulé en appel : le policier a su faire jouer ses ‘bons états de services’ ». Sans compter les indécentes plaintes pour « outrage et rébellion » des policiers ou les procès en diffamation engagés contre des collectifs de victimes pour les faire taire (Cf. encadré).

Un livre poignant (collectif Angle morts, Permis de tuer, Syllepse, 2014) revient sur une dizaine d’affaires. Chacune décrit le parcours du combattant des familles pour que justice soit faite. Encore faut-il que le proc ne classe pas « sans suite », issue la plus courante. Et même s’il ouvre une instruction judiciaire, la famille devra mener une enquête parallèle pour pousser le juge, et parfois ses avocats, à oser réclamer une contre-expertise qui risque de contredire la version policière. Car tout est fait pour excuser le geste meurtrier (« regrettable accident »), tout en présentant la victime comme coupable d’avoir résisté (« excité », « drogué »), ou ayant succombé à un « malaise », un « arrêt cardiaque », écartant la brutalité des agents. Toutes les familles témoignent d’un « esprit de corps » qui lie magistrats (procs et instructeurs), médecins-légistes, officiers de police judiciaire (OPJ) chargés d’enquêter sur leurs collègues, et pouvoir politique sous la pression des syndicats de policiers.

Impunité et préméditation

Les procès des agents de la répression sont encore plus rares. Entre septembre 2012 et mai 2014, cinq plaintes de familles ont fini en non-lieux (7). La plupart confirmés en appel. Ramata Dieng, sœur de Lamine, mort étouffé dans un fourgon à Paris en 2007, « lassée, nous dit-elle, par sept ans de pressions et de mensonges » qui ont émaillé l’instruction, devra encore attendre la décision de la Cour d’appel, qu’elle a saisie en mai dernier. Quand procès il y a, l’impunité persiste. Les rares condamnations sont prononcées avec sursis. Comme les agents de la BAC reconnus coupables (après un premier non-lieu !), quatre ans après avoir agressé à mort Abdelhakim Ajimi, 22 ans, à Grasse en 2008. Suspendus pour la forme quelques jours, les meurtriers sont encore en fonction dans la même unité. Depuis cinquante ans, on ne compterait que trois révocations fermes d’agents tueurs de la force publique. Seize seulement sont passés par la case zonzon, soit 5 % des 320 crimes évoqués par Basta !.

Face à cette impunité structurelle, comment parler encore de « bavures » ? Ce terme déguise en fait accidentel la conséquence d’une répression organisée et persistante. Les familles la ressentent comme une sorte de préméditation institutionnelle, exactement ce qui manque à un meurtre pour être qualifié d’assassinat. Ce « problème » reste dans l’ombre alors que quasiment toutes les révoltes urbaines de ces quarante dernières années ont comme racine la brutalité policière. Comme si la « paix civile » se gagnait en perpétuant la guerre urbaine.

J.T.

(1) Action du collectif « Urgence, notre police assassine », fondé par Amal Bentounsi, sœur d’Amine, abattu à 29 ans d’une balle dans le dos à Noisy-le-Sec en 2012. Cf. les sites urgence-notre-police-assassine.fr etatouteslesvictimes.samizdat.net.
(2) Sur ce sujet Bastamag.net (13/03/2014, 2/04/2013), le dossier de Z, n°8, avril 2014 (reproduit sur paris-luttes.info), et Mediapart (6/06/2012).
(3) Des centaines de Français des colonies ont fait les frais des matraques et des balles républicaines. Le paroxysme étant la répression sanglante du préfet Papon contre une manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961 (au moins 200 morts). Cf. La bataille de Paris (Le Seuil, 1991), et le film Octobre à Paris (réed. 2012).
(4) Ce n’est pas sur Wikipedia, pourtant la BAC s’inspire des « brigades nord-africaines » (1930-1953) et surtout des BAV (« brigades des agressions et violences »), puis des « brigades spéciales de nuit » qui intégreront les BAC départementales dans les années 90. Cf. Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur(2009) et La domination policière (2012).
(5) Feu la CNDS (Commission nationale de déontologie de la sécurité), désormais le Défenseur des droits, a multiplié les mises en garde depuis 2000 sur ces « forces intermédiaires » (LBD et Taser). Avant Rémi Fraisse, le DD n’avait jamais étudié les effets des grenades.
(6) Sur les victimes des armes « non létales », voir les sitesfaceauxarmesdelapolice.wordpress.com27novembre2007.blogspot.fr oucollectif8juillet.wordpress.com.
(7) Brutalisés à mort lors d’interpellations ou gardes à vue : Ali Ziri, 69 ans, 2009 ; Mohamed Boukourou, 41 ans, 2009 ; Mahamadou Marega, 38 ans, 2010 (électrocuté au Taser) ; Abou Bakari Tandia, 38 ans, 2005 ; et enfin Lamine Dieng, 25 ans, 2007.

 

cheeseOutrage et diffamation

C’est devenu un bon filon. Dès qu’un policier agit avec violence et rencontre une résistance, sa hiérarchie l’encourage à porter plainte pour « outrage et rébellion ». Affaires jugées en urgence — alors que les victimes attendront des années pour que la leur soit instruite — qui permet au policier dit « outragé » de cachetonner, récupérant en moyenne de 300 à 700 € d’indemnisation. Ces chiffres-là existent : 20 600 dossiers instruits en 2012 (seuls 300 restés sans suite), ayant rapporté une cagnotte totale de 13,2 millions d’euros (8,7 M€ en 2006). Le tout aux frais des prévenus, et du Trésor public : les avocats sont payés par l’institution.

Ensuite, pour réduire au silence ceux qui dénoncent la police, l’État dégaine la « diffamation publique ». Pas toujours gagnant : le groupe de rap La Rumeur, attaqué en 2002 (« Nos frères assassinés par la police »…), a été acquitté en 2010 ; Amal Bentounsi, traînée en justice par Valls en 2013 pour la parodie d’un clip de recrutement (en substance, « Vous voulez pouvoir tuer en toute impunité ? La police recrute ! » cf en bonus plus bas) et acquittée en mai dernier.

Parfois, la vengeance d’État fonctionne. Walid Klai et Dorsaf Briki, deux amis d’Abdelhakim à Grasse, ont pris quatre mois de prison avec sursis et 150 € d’amende pour avoir « diffamé » des policiers lors d’une audience au tribunal. Ou alors on condamne les révoltés d’un crime policier avant les policiers. C’est ce qui s’est produit à Villiers-le-Bel en 2007, après la mort de deux ados dont la moto a été percutée par une voiture de police. Jugés pour avoir fait feu sur des policiers, sur la foi de témoins sous X et rémunérés — l’un d’eux s’étant depuis rétracté, avouant avoir menti — deux « émeutiers » sont encore en taule, les frères Abderhamane et Adama Kamara, enfermés depuis 2008 pour 15 et 12 ans ferme.

J.T.

(Article paru dans Zélium n°1 Vol. 2, décembre 2014).

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"Chronique de l'arbitraire"

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« LES FRANÇAIS VOUS ADMIRENT »

http://www.article11.info/?Les-Francais-vous-admirent

 

Cette chronique a été publiée dans le numéro 18 d’Article11, publié en décembre 2014.

Il est homme d’ordre. De forces de l’ordre. Il n’est pas en uniforme, mais tout en lui le respire. Serait-il de bleu vêtu qu’il aurait la matraque levée, la boucle de ceinture arrogante, les galons méprisants – un parfait flic, tout en morgue et en mauvaise foi. Il est justement en train d’en passer d’autres en revue, et c’est comme un assaut de mâchoires serrées et de poitrines bombées. Manuel Valls est des leurs.

La scène se déroule un peu moins d’un mois après la manifestation de réoccupation du site de Sivens et la mort du manifestant Rémi Fraisse, tué par l’explosion d’une grenade offensive. Le Premier ministre se déplace à Beauvais, il vient inaugurer un commissariat. Pompe républicaine, officielle coupure de ruban et flonflons martiaux. À la tribune, il en profite pour caresser les policiers dans le sens du flash-ball : « Dans une démocratie, on peut tout questionner. Et c’est l’honneur de la démocratie. Mais quand on remet systématiquement en cause les forces de l’ordre, on remet en cause l’État de droit, et donc on remet en cause les fondements mêmes de la République. Et moi, je n’accepte pas ces attaques répétées de l’uniforme. » Avant d’en rajouter une louche : « Il y a trop de mises en cause de la police et de la gendarmerie, et de l’action qui est la vôtre. »

Manuel Valls fait évidemment référence aux événements de Sivens, aux larges critiques qu’ont suscitées la violente répression et son issue sanglante. Et il le fait avec autant de mensonger culot que d’outrecuidance. Il tait les multiples mensonges politiques et policiers qui ont suivi le meurtre – à commencer par cette autopsie incriminant les gendarmes, réalisée le dimanche matin mais niée pendant 36 heures. Il ne dit rien non plus du non-respect des conditions d’utilisation des grenades offensives, censées être jetées au sol et non lancées en l’air. Et il ne mentionne surtout pas les consignes d’« extrême fermeté » données aux forces de l’ordre, ainsi que les quarante grenades offensives dont les gendarmes ont arrosé les manifestants au plus fort de la nuit. Autant de faits objectifs, essentiels à l’établissement de la vérité, que Manuel Valls balaye avec mépris, d’un simple coup de képi. Circulez, y’a rien à voir ! Pour bien faire, le Premier ministre termine sur ce cri d’amour lancé aux uniformes : « Soyez fiers, les Français vous admirent. »

Il est un livre, tout récemment publié aux éditions Syllepse, qui permet d’éclairer ces rapports d’admiration qui lient les Français et leur police. Cet ouvrage aux voix multiples, coordonné par le collectif Angles Morts, s’intitule Permis de tuer – Chroniques de l’impunité policière. Il revient sur six récents homicides policiers, six parmi beaucoup d’autres : « Nous savons que plusieurs centaines de morts ont été recensés au cours des trente dernières années », écrit le collectif en introduction, rappelant que « dans l’écrasante majorité des cas recensés, les personnes mortes entre les mains de la police sont des non-blancs, ce qui conduit à s’interroger sur le rôle du racisme structurel dans ces affaires ».

Angles Morts a choisi de faire longuement parler ceux qui se sont battus pour obtenir un semblant de « justice » - « les proches de personnes mortes entre les mains de la police républicaine ». Ce sont donc essentiellement des amis et des membres de la famille qui s’expriment. De la perte, tous ont fait un combat. Contre les flics, les juges et les médias faisant bloc hostile, ils ont lutté pied à pied pour faire entendre une vérité, remettre les choses en contexte, contrebalancer la sacro-sainte parole policière. Désormais, ils raisonnent en terme de rapports de force. L’apprentissage de la politique, la vraie : ce qu’on veut, il convient de l’arracher. Car tous ont été confrontés, souligne encore le collectif, à « la stratégie médiatique du ministère de l’Intérieur, de la préfecture et des services de police, qui est toujours la même : elle consiste à protéger systématiquement les policiers en affirmant que les procédures ont été respectées, qu’ils ont fait un usage proportionné de la force ou qu’ils étaient en situation de légitime défense ». C’est contre ce Goliath-ci, la puissance de l’État et toute sa mauvaise foi, que les proches doivent lutter.

Souvent, ils doivent le faire seuls. Ou pas loin. C’est qu’il est des morts qui mobilisent plus que d’autres. Celles de Lamine Dieng, étouffé dans un fourgon de police le 17 juin 2007, de Wissam El-Yamni, mort le 9 janvier 2012 lors d’une très brutale interpellation, ou d’Amine Bentounsi, tué d’une balle dans le dos le 21 avril 2012, n’ont pas trusté les Unes des journaux ni suscité d’importantes manifestations. « La société accepte, constate Farid El-Yamni, le frère de Wissam. Quand un chat se fait maltraiter et qu’il s’en sort avec une patte cassée, tout le monde s’émeut. Quand des Arabes ou des gens de banlieue se font tuer par la police, ça rassure. Ça les rassure, dans le sens où ils se disent : ’’Ah, mais c’est un Arabe ! Ça peut pas être quelqu’un comme nous !’’ »

Rémi Fraisse était quelqu’un comme nous, et c’est aussi à cette aune qu’il faut lire l’importante mobilisation déclenchée par son décès. « Un mort dans une manifestation a un coût médiatique et politique élevé, écrit Angles Morts. Il n’en va pas de même de la dizaine de morts par an dues à l’action de la police. » Un constat qui – de fait – montre la voie à suivre : la police ne sera réellement tenue en échec1 que lorsque la rage et la révolte sanctionneront pareillement chacune des morts qu’elle provoque.

*

Retour à Beauvais, Manuel Valls à la tribune. Le Premier ministre gonfle le jabot, se campe sur ses ergots, et lâche encore ces quelques mots : « Je ne connais que trop bien le procès qui a longtemps été fait par certains à la gauche en matière de sécurité. On la disait angélique, laxiste, incapable de se saisir de cette question. Les faits ont apporté un démenti cinglant à ceux qui pourraient penser cela. »

Le démenti sanglant, c’est Rémi Fraisse. Et tous les autres avec lui.

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A Nantes, du 16 au 22 février - Manifestation samedi 21 février

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Nous sommes tes voisin-e-s, tes collègues, tes ami-e-s.
Nous sommes de celles et ceux qui luttent contre les violences policières.
Nous sommes de celles et ceux qui résistent au saccage de la nature.
Nous sommes de celles et ceux qui refusent le racisme d'État, les contrôles au faciès, le harcèlement policier.
Nous sommes de celles et ceux qui subissent les politiques néolibérales.
Nous sommes de celles et ceux qui n'attendent pas les élections pour agir.

Le 22 février 2014, 50 000 personnes se rassemblent à Nantes contre l'aéroport et son monde. La manifestation, dynamique et populaire, est bloquée par des grilles anti-émeute et fait face à une répression féroce. Parmi les dizaines de blessé-e-s, au moins 3 personnes perdent l'usage d'un œil suite à des tirs de flashball. Nantes devient la capitale des mutilations policières.

Dans les mois qui suivent, plusieurs dizaines de personnes sont inquiétées par la justice du fait de leur participation à la manifestation. Pour la plupart d'entre elles, des rafles au petit matin mènent à des procédures expéditives, qui se soldent par de sévères condamnations - jusqu'à 18 mois de prison ferme. Le message est clair : celles et ceux qui résistent s'exposent à être blessé-e-s ou incarcéré-e-s.

Dans la nuit du 26 octobre, la gendarmerie tue un manifestant de 21 ans lors d'un rassemblement contre le barrage de Sivens, dans le Tarn. Pendant plusieurs semaines, un mouvement de solidarité se répand dans toute la France. A Nantes, Rennes, Toulouse et ailleurs, des manifestations réunissant plusieurs milliers de personnes sont interdites de fait par les préfectures qui militarisent les centres villes avec des centaines de policiers armés. Plusieurs personnes sont blessées, d'autres condamnées.

Ces stratégies policières ont précédemment été expérimentées à grande échelle lors des révoltes dans les quartiers, notamment à Villiers-le-Bel en 2007, inaugurant l'utilisation d'hélicoptères, de nouvelles armes policières et le quadrillage militaire du territoire. Les mouvements de résistances sont multiples et divers : ici une occupation de sans-papiers, là-bas des cabanes dans une forêt, ailleurs une confrontation avec la police.

Ce mouvement est l'occasion de rappeler que chaque année, des dizaines de personnes sont tuées ou blessées par la police, essentiellement dans les quartiers populaires, ou dans les luttes. Plus de 40 personnes ont perdu un oeil ces dernières années, touchées par des tirs policiers. Malgré la répression, les mois qui viennent de s'écouler montrent nos capacités à construire des solidarités, à nous organiser, que ce soit sur les ZAD ou au cœur des métropoles. Il ne tient qu'à nous de renforcer ces dynamiques, ici comme ailleurs.

A l'aube de l'année 2015, une série d'attentats préfigure un renforcement considérable des dispositifs sécuritaires. Nous refusons que le choc suscité par ce drame serve à alimenter l'islamophobie et à renforcer l'impunité des forces de l'ordre. Les gouvernants qui défilent pour la liberté d'expression sont les mêmes qui font la chasse aux migrants et les enferment dans les Centres de Rétention Administrative.
Un an après la démonstration de force et de solidarité du 22 février, alors que le gouvernement rappelle sa volonté de construire l'aéroport et d'expulser les opposant-e-s, retrouvons-nous à Nantes pour affirmer notre solidarité avec les ZAD et notre refus des violences d'État, qu'elles soient économiques, sociales ou policières.

Contre le bétonnage du bocage et la militarisation de nos villes, occupons la rue. Tou-te-s concerné-e-s, tou-te-s solidaires : rencontrons-nous, organisons-nous, luttons uni-e-s dans notre diversité.


- Du 16 au 21 février :
Semaine de débats - « violences policières, sociales, économiques : quelles résistances ? », en présence d'invités

- Samedi 21 février :
12h30 Pique-nique - 14H manifestation - 18H bouffe/débat/concert

- Dimanche 22 février :
Journée d'échange

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Emission Papillon du 14 janvier 2015

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Appel du 18 juin 1940

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Comme le disait si bien le général de Gaulle le 18 Juin 1940 :

"Des gouvernants de rencontre ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l'honneur, livrant le pays à la servitude.

Cependant, rien n'est perdu ! Rien n'est perdu, parce que cette guerre est une guerre mondiale. Dans l'univers libre, des forces immenses n'ont pas encore donné. Un jour, ces forces écraseront l'ennemi. Il faut que la France, ce jour-là, soit présente à la victoire. Alors, elle retrouvera sa liberté et sa grandeur. Tel est mon but, mon seul but !

Voilà pourquoi je convie tous les Français, où qu'ils se trouvent, à s'unir à moi dans l'action, dans le sacrifice et dans l'espérance. 

Notre patrie est en péril de mort. 

Luttons tous pour la sauver.

Vive la France."

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