Le 19 mars, une Marche pour la Justice et la Dignité

par cjvpourwissam

Le 19 mars, une Marche pour la Justice et la Dignité

Un par mois. C'est, en moyenne, le nombre de pères, de frères, de fils que nous perdons à cause de la brutalité des forces de l'ordre. Une brutalité qui prend plusieurs formes : des techniques de pliage qui conduisent à l'asphyxie des victimes aux coups de poings, de balles ou de Taser qui, dans les pires des cas, s’avèrent mortels.

Régulièrement depuis plus de 40 ans, les nôtres sont ainsi tués par l’État Français, aux mains de ceux que l'on appelle ironiquement les "gardiens de la paix". Régulièrement depuis plus de 40 ans, c’est l'impunité la plus abjecte et les campagnes de criminalisation qui répondent aux mobilisations de celles et ceux qui réclament vérité et justice pour leurs morts. L'acharnement policier, judiciaire et politique contre la famille Traoré, à qui nous exprimons toute notre solidarité, en est la preuve. À chaque fois, c’est la même histoire. 

La répression qui nous vise, nous familles de victimes, s’est accentuée sous le régime de l’état d’urgence. Tous les abus sont devenus possibles, avec leurs lots de conséquences tragiques. Ce n'est plus la police qui s'adapte à la loi, c'est la loi qui s'adapte à la police… Et nous sommes loin d’être les seuls à avoir été visés par le renforcement des dispositifs sécuritaires et des violences d’État. En 2015, le gouvernement a déclaré une véritable guerre intérieure : il a traqué les migrants et ceux qui les défendent, poursuivi la traditionnelle répression des « Noirs », des « Arabes », des « Rroms » et plus généralement des quartiers populaires, ciblé les « Musulmans » notamment via des perquisitions, des assignations à résidence et des fermetures de mosquées totalement arbitraires…À cela s’ajoute la querre sociale qu’ont menée Valls et consors, notamment dans le cadre de la mobilisation contre la loi travail. Face aux résistances des quartiers populaires et du mouvement social, on a vu les violences se déchainer en touchant des catégories jusqu'ici protégées. 

Les attentas terribles que nous avons connus en 2015 et en 2016 sont venus renforcer l’arsenal sécuritaire alors qu'ils sont la conséquence directe de la politique guerrière que la France et ses alliés mènent à l'étranger. L'État Français, qui pèse toujours de tout son poids sur les peuples qu'il domine comme en Afrique, prolonge cette politique au Proche-Orient tout comme il entérine l'occupation de la Palestine. Sa "lutte contre le terrorisme" ressemble surtout à une agression permanente contre des peuples innocents. C’est, entre autres, ce qui nourrit la crise humanitaire des réfugiés, traités cyniquement comme une menace potentiellement "terroriste". C'est le serpent qui se mord la queue : le climat de guerre intérieure permet de justifier le contrôle toujours plus brutal de la population et délivre un permis de violence aux forces de l'ordre qui répriment toutes les gueules qui ne lui reviennent pas et tous ceux qui, des familles de victimes aux manifestants contre la loi travail en passant par les militants des quartiers populaires à la ZAD, osent s’organiser contre l’État, réclamer justice et affirmer leur Dignité.

Nous sommes tous concernés!

La campagne présidentielle ne va rien arranger. Au contraire. Presque chaque nouvelle déclaration est une insulte faite à nos combats, à nos préoccupations et à nos urgences. 

  • Parce que nous ne nous soumettrons pas à l’arbitraire du pouvoir,
  • Parce que les mots "justice" et "dignité" ont encore un sens pour nous,
  • Parce que nous pensons qu’il est primordial de nous organiser, ensemble, pour lutter contre la guerre faite aux pauvres, aux migrants, aux descendants de colonisés,

Nous appelons tout-e-s celles et ceux qui se sentent concernés par ces sujets à nous rejoindre dans toutes les initiatives à venir et à participer très largement à la Marche pour la Justice et la Dignité qui aura lieu le dimanche 19 mars 2017 à Paris.Contre la hogra, contre l'humiliation, contre le racisme et les violences policières, contre les guerres lâches faites en notre nom contre des peuples qui ne nous ont rien fait.

Retrouvons espoir, force et unité pour faire bloc ensemble au nom de la Justice et de la Dignité.

Premières familles signataires :

Famille de Lahoucine Ait Omghar - Famille d'Amine Bentounsi - Famille de Hocine Bouras - Famille d'Abdoulaye Camara - Famille de Lamine Dieng - Famille de Wissam El Yamni - Famille d'Amadou Koumé - Famille de Mourad Touat - Famille d’Ali Ziri

Avec le soutien de :

Comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng - Comité Vérité et Justice pour Mamadou Marega - Comité Vérité et Justice pour Abou Bakari Tandia

Signatures collectives

Action-antifasciste Paris-Banlieue (AFA) - Association Black is really beautiful - Association contre le racisme (ACOR, Suisse) - Association Égalité Toulouse MirailAssociation pour l'Intégration et l'Invention Républicaines (AIIR) - Association Femmes plurielles - Association KÂLΠ- Association de lutte contre l'islamophobie et les racismes (ALCIR 20eme) - Association des Travailleurs Maghrébins de France(ATMF) - Assemblée des Blessés, des Familles et des Collectifs contre les violences policières - ATTAC - Brigade Anti Négrophobie (BAN) - Bruxelles Panthères Candidaturas d'Unitat Popular (CUP - Espagne) - Cedetim/Ipam - Centre d'études postcoloniales de Lyon - CGT-Culture Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration - Collectif enseignant pour l'abrogation de la loi de 2004 (CEAL) - Collectif Parisien pour la Protection des Jeunes et Mineurs Isolés Étrangers (CPMJIE)Collectif Ni Guerres ni état de guerre - Comité contre les violences policières à Pantin - Convergence Citoyenne Ivryenne (CCI) - Coopérative écologie sociale - CRI Rouge -  - Fondation Frantz Fanon - Front antiraciste alsacien - Identité plurielle - IJAN (Argentina) - IJAN International - LKP - London Campaign Against Police and State (Grande-Bretagne) - Marche des Femmes pour la Dignité (MAFED) - Mwasi - Organisation Communiste Libertaire (Paris) - New socialists (Toronto) - Nouveaux Cahiers du Socialisme (Montréal) - Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) - Organisation de femmes Egalité - Parti communiste des ouvriers de France (PCOF)- Plateforme de la voix des prisonniers - Parti des Indigènes de la République (PIR)- Le Seum collectif - Socialist Project (Toronto) - Sortir du colonialisme - Union des Démocrates Musulmans de France (UDMF) - Union Juive Française pour la Paix (UJFP) - Urgence Notre Police Assassine (UNPA)

Signatures individuelles : 

Hamé, du groupe La Rumeur (artiste) - Kery James (artiste) - Youssoupha (artiste) - Opal Tometi (co-fondatrice de Black Lives Matter et Executive Director of Black Alliance for Just Immigration-BAJI) - Eli Domota (LKP) -

Et par ordre alphabétique : 

 

 

Sihame Assbague (militante antiraciste) - Djamel Attalah (marcheur de 83) - Ludivine Bantigny (historienne) - Judith Bernard (metteur en scène) - Olivier Besancenot (NPA) Félix Boggio Éwanjé-Épée (revue Période) - Ahmed Boubeker (sociologue) - Rachid Bouchareb (réalisateur) - Alima Boumediene Thiery (avocate) - Houria Bouteldja (PIR) - Pierre Cours-Salies (Sociologue, professeur émérite Paris 8, Membre d’Ensemble !) - Gerty Dambury (écrivaine) - Christine Delphy (Féministe) - Rokhaya Diallo (auteure et réalisatrice) - Eva Doumbia (artiste) - Mireille Fanon Mendès-France (Fondation Frantz Fanon et experte ONU) - Patrick Farbiaz (Sortir du colonialisme) - François Gèze (Editeur) - Alain Gresh (journaliste) - Nacira Guénif-Souilamas (sociologue) - Olivier Le Cour Grandmaison (universitaire) - Franco Lollia(BAN) - Stella Magliani-Belkacem (La fabrique éditions) -Philippe Marlière (universitaire) - René Monzat (militant antiraciste) - Océane Rosemarie(comédienne) - Philippe Poutou (Porte-parole du NPA) - Saadane Sadgui (Co-fondateur des JALB et du MIB) - Catherine Samary (Militante altermondialiste) - Maximilien Sanchez (conseiller municipal délégué à la jeunesse de Gentilly) - Omar Slaouti (membre du collectif Ali Ziri), Odile Tobner (auteure de "Du racisme français) - Enzo Traverso (universitaire) - Françoise Vergès (politologue) - Marie-Christine Vergiat (Députée européenne, Front de Gauche) - Catherine Wihtol de Wenden(universitaire)

Signatures internationales :

 

Jabir Puar (Associate Professor, Women's and Gender Studies, Rutgers University, USA), Jin Haritaworn (professor, University of Toronto), Rabab Abdulhadi (Director, Arab and Muslim Ethnicities and Diasporas (AMED) Initiative, Race and Resistance Studies, San Francisco State University, USA) , Inderpal Grewal (professor, Yale University, USA), France Winddance Twine (professor, Sociology, University of California, Santa Barbara, USA), Minoo Moallem (professor, Department of Gender and Women’s Studies,  University of California, Berkeley, USA), Sirma Bilge (Associate Professor, Sociology Department, Université de Montréal), Lisa Duggan (Professor of Social & Cultural Analysis, NYU, USA), Nelson Maldonado-Torres (Associate Professor, Latino and Caribbean Studies, and Comparative Literature, Rutgers University, New Brunswick, NJ USA), Paola Bacchetta (professor, Berkeley), Hatem Bazian (director, Islamophobia Documentation Center, and lecturer, University of California, Berkeley, USA), Huma Dar (Co-founder, Muslim Identities and Cultures, and lecturer, Race & Resistance Studies, Department of Ethnic Studies, San Fransisco State University, USA), Malkia Cyril (Black Lives Matter, Bay Area, California, USA) Dina M Siddiqi, (professor, Anthropology, BRAC University, Bangladesh), Cheba Chhachhi, Artist, New Delhi, India, Kavita Krishnan, women's rights activist, Delhi, India, Carla Trujillo, novelist, also Assistant Dean, UC Berkeley, USA, Donna Murch, Associate Professor, Rutgers University, New Brunswick, New Jersey, USA, Ramon Grosfoguel, professor, UC Berkeley - Stefan Kipfer (York University, Canada) - Greg Albo, Professeur, York University, Toronto - 

 

Si vous êtes une organisation et que vous souhaitez signer cet appel, merci d'envoyer un mail à marche19mars@gmail.com

Vous pouvez aussi signer l'appel à titre individuel : https://www.change.org/p/france-fin-de-l-impunit%C3%A9-et-des-violences-d-%C3%A9tat?recruiter=655421927&utm_source=share_for_starters&utm_medium=copyLink 

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Fondation Frantz Fanon

par cjvpourwissam

Fondation Frantz Fanon

http://frantzfanonfoundation-fondationfrantzfanon.com/article2373.html

 

 

Mireille Fanon Mendes France
Fondation Frantz Fanon
Experte ONU

En octobre 2016, au moment de la parution du livre « Un président ne devrait pas dire cela », les auditeurs ont appris, dans l’émission de Jean-Jacques Bourdin, que le Président de la République a ordonné « au moins quatre assassinats ciblés », décisions mises en œuvre par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Aucun démenti n’a été publié. Selon Vincent Nouzille, dans son dernier livre, « Erreurs fatales », ces assassinats ciblés avoisineraient plutôt le nombre de quarante. Cet auteur reconstitue la façon dont les assassinats ciblés ont été décidés et analyse l’élaboration de la liste des cibles, les « High Value Targets ».

Il faut se rappeler qu’à la suite d’un accord passé, dès 2012, entre Obama [1] et Hollande, celui-ci avait donné ordre à la DGSE de « dégommer » Ahmed Godane, leader des shebabs. Si la DGSE s’était occupée de la localisation, les drônes US ont réalisé l’assassinat. Ces informations ont été fournies par Jean Guisnel [2] et confirmées par les militaires US [3].

Ainsi, les deux présidents des deux plus grandes démocraties du monde infligent, en dehors de tout processus judiciaire, la peine de mort.

Aucune loi, aucune enquête, aucun procureur, aucun juge, aucun droit de la défense... Pourtant, selon le statut de la CPI, l’assassinat ciblé décidé par le pouvoir politique et commis dans un contexte de conflit armé, est un crime de guerre dont la qualification correspond à un « homicide intentionnel ». [4]
Pourtant tous les peuples sont soumis à des règles juridiques où les grandes mutations du droit international ont été déterminées par le changement substantiel des rapports réels entre les principaux acteurs de l’histoire ; et ce changement est, à son tour, déterminé par la nature des acteurs en présence. On ne peut nier que la violence joue un rôle de premier niveau dans le processus de mutation de l’ordre mondial. 
La destruction des acquis sociaux, la destructuration du cadre juridique de la protection internationale des droits humains- avec la complicité de l’ONU-, l’utilisation de la force armée contre les peuples, la tendance généralisée du glissement vers des Etats de plus en plus autoritaires et représsifs, sont autant d’éléments qui doivent être lus dans le contexte de la mondialisation.

Aux Etats Unis et en France, les violences policières ne cessent d’augmenter. En 2016, aux Etats Unis, 707 personnes sont mortes suite à leur arrestation, que ce soit dans la rue, lors du transport au commissariat ou dans une cellule de ce même commissariat. 
Il est plus difficile, en France, de connaître le nombre exact puisqu’aucune statistique n’est établie. On sait, grâce à quelques associations, que depuis 2005, plus de 39 personnes, dont 12 mineurs, ont été grièvement blessées, un homme est mort à la suite de tirs de flash ball , 9 personnes sont mortes suite à la violence des gestes d’immobilisation, les plus utilisés étant le plaquage ventral ou le pliage [5].

Concernant le nombre de blessés et de morts dû à des violences policières, le ministère de l’Intérieur fait preuve d’une opacité flagrante. Aucune donnée disponible sur le nombre de personnes blessées ou tuées lors d’opérations de police ou de gendarmerie ; aucune donnée exhaustive publiée sur l’utilisation des armes ou le nombre de plaintes contre des agents des forces de l’ordre pour faits de violence.

Si dans ces pays le nombre de victimes diffère, ils ont en commun l’existence d’importantes défaillances dans les enquêtes -aussi bien administratives que judiciaires- effectuées à la suite de dépôt de plainte pour violences policières après l’utilisation de certaines armes, entre autres Flashball et Taser, et des techniques d’interpellation.

Ainsi, les forces de l’ordre jouissent d’une relative impunité lorsqu’elles sont responsables de violences qui violent les principes de proportionnalité et de nécessité. Ce qui est aussi le cas des présidents des Etats Unis et de la France qui bénéficient, pour l’heure, d’une totale impunité, alors qu’ils ont commis des homicides intentionnels.

Prenons le cas du président de la République, François Hollande, qui a avoué un certain nombre d’exécutions extrajudiciaires.

Si l’article 67 [6] de la Constitution précise que le Président de la République « n’est pas responsable des actes accomplis en cette qualité », il faut tenir compte des « réserves » émises dans les « dispositions des articles 53-2 et 68 ».

L’article 68 [7]concerne la destitution du président prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour... Ne rêvons pas, actuellement, il y a peu de chance que le Parlement assume une telle responsabilité, même pour « homicides intentionnels ».

L’article 53-2 [8], quant à lui, stipule que « la République peut reconnaître la juridiction de la Cour pénale internationale dans les conditions prévues par le traité signé le 18 juillet 1998 ». Ainsi, la France ayant reconnu cette juridiction, le chef de l’État est justiciable devant elle. Dès lors, plus d’immunité pour le Président de la République.

Rappelons que la CPI a, à plusieurs reprises, poursuivi des chefs d’État : à la demande du Conseil de sécurité, poussé par la France, une enquête a été ouverte contre Kadhafi ; à l’heure actuelle, l’ancien président Laurent Gbagbo y est jugé.

La France vient de déclarer qu’elle voulait faire juger Poutine pour ses interventions en Syrie. Mais les ministres des Affaires étrangères et de la justice auraient dû se renseigner : dans ce cas, la CPI n’a aucune compétence puisque la Syrie n’a pas ratifié le traité de Rome.
Mais pour les assassinats ciblés commis au Mali par la France, la CPI a compétence ; d’une part, le Mali a ratifié [9] le statut de la CPI, d’autre part, la France étant partie à la CPI, tous ses ressortissants relèvent de la compétence de cette Cour. Soulignons que la décision des assassinats ciblés, acte criminel fondamental, a été prise à Paris, au 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré. Dès lors, il y a, à la fois, compétence territoriale et compétence personnelle. Qu’attend donc la CPI pour répondre enfin à l’un des principes édictés dans son préambule : « Déterminés à mettre un terme à l’impunité des auteurs de ces crimes et à concourir ainsi à la prévention de nouveaux crimes » ?
On se demande pourquoi le Parquet de Paris, qui a suffisamment d’informations, n’ouvre pas une enquête à propos de ces assassinats. Si l’enquête conforte ces révélations, il suffira alors de transférer le dossier à la Procureure près de la Cour pénale internationale. Son bureau peut être assuré de la coopération de la France qui cherche, par tous les moyens, à faire juger certains chefs d’Etat commettant des crimes de guerre, particulièrement Bachar el Assad et Vladimir Poutine. Mais aucune velléité de demander à ce que le premier ministre israélien soit jugé pour les nombreux crimes de guerre commis contre les Palestiniens…

Etre président donne la possibilité de se situer au dessus des lois et de s’arroger le droit d’organiser quelques arrangements pour garantir sa propre impunité.

En ce qui concerne les morts dues à des violences policières, dans 90% des cas, peu de sanctions effectives, aussi bien aux Etats Unis qu’en France. Il y a une véritable entrave au dépôt de plainte ; dans plusieurs cas, les autorités poussent les familles à procéder rapidement à l‘enterrement, essentiellement pour éviter une seconde autopsie. Cela a été le cas pour Wissam El Yamni, mais aussi pour Adama Traoré.

Difficulté à obtenir une enquête effective, durée excessive des procédures pénales, menace de condamnation pour outrage et rébellion. Ainsi les deux frères d’Adama Traoré ont été condamnés à de la prison pour outrages et rébellion, Ysoufou à 3 mois aménageables, et Bagui à 8 mois. Il leur a été reproché de se mobiliser pour informer leurs concitoyens de Beaumont sur Oise et pour obtenir toute la lumière sur l’assassinat de leur frère.

Des éléments probants et importants disparaissent. Les forces de l’ordre assument d’arranger quelque peu les déclarations. Le policier, qui a tiré 4 fois –sans sommation- dans le dos d’Amine Bentounsi, prétend qu’il l’a fait en état de légitime défense. Or, un témoin a vu Amine courir et tourner le dos à ce même policier, ce que confirment les dires du médecin légiste : « le tir est quasi horizontal, d’arrière en avant , quasi perpendiculaire au corps [10] ».

La victime est rapidement ‘transformée en ‘coupable’. Les policiers, qui ont tiré 23 fois sur Abdoulaye Camara [11], n’ont cessé d’en parler comme s’il était en état d’ivresse et de démence. Les prélèvements pratiqués, à la demande de la famille, prouvent le contraire.

Au cours de l’enquête, il n’est pas rare de constater qu’il y a une tendance à masquer les vraies causes de la mort. Il a été ainsi affirmé qu’Ali Ziri [12] avait succombé à une crise cardiaque et à un excès d’alcool. Mais une contre-expertise a révélé la présence d’une vingtaine d’hématomes, dont certains larges de 17 centimètres. L’institut médico-légal concluait qu’Ali Ziri était « décédé d’un arrêt cardio-circulatoire […] par suffocation multifactorielle (appui postérieur dorsal, de la face et notion de vomissements) ». Mort par l’utilisation du pliage qui est interdit.

Obtenir justice est quasiment impossible : les agents sont ou blanchis ou condamnés à de faibles sanctions. Il y a une réelle difficulté à démontrer qu’une violence illégitime a été commise. Selon Cédric Moreau de Bellaing [13], il y a, du fait des conditions « de l’enquête et de celles des probabilités d’occurrence de la violence policière, une réelle difficulté à faire attester par l’agence de contrôle interne de l’illégitimité d’une violence ».

Cela se solde par une absence de suites judiciaires. Les affaires, malgré des enquêtes internes à la police ou des plaintes contre X, se terminent, assez régulièrement, par un acquittement, une relaxe et un nombre important de non-lieu.

La justice protège la police. Faire partie des forces de l’ordre revient à s‘arranger avec la justice au nom du mythe élaboré par nos dominants que les uns et les autres protègent l’Etat de tous ceux qui voudraient détruire l’ordre républicain, la paix sociale et le ‘vivre ensemble’.

Avec le cas des assassinats ciblés et celui des morts dues à des violences policières, on comprend comment les fondements politiques et économiques ont déterminé et continuent de déterminer les réalités sociales du monde actuel.

Si des assassinats ciblés sont commis par les défenseurs d’une démocratie euro-centrée et basée sur l’idéologie de la white supremacy, les gouvernants les justifient par le besoin de coloniser un territoire afin de s’en assurer le contrôle politique et/ou économique et au prétexte de sauver des peuples maintenus dans l’ignorance et sous une dictature. Le tout étant de détruire l’ennemi extérieur que ces mêmes dominants ont construit.

Si des crimes policiers sont commis par la mise en place d’un système basé sur la violence et le refus de toute action légale, ceux qui nous défendent assument un système basé sur une logique organisatrice qui cherche à construire non pas simplement un monde où tout est objectivé et transformé en marchandises, mais un monde où l’être, le pouvoir et la connaissance fonctionnement et s’interconnectent de façon à créer un ordre manichéen de maîtres et d’esclaves.

Dans cet ordre, les maîtres ne cherchent pas seulement à exploiter les esclaves, ils cherchent à les éliminer, à les humilier ou à les violer. Pour les maîtres, les esclaves, dans ce système, sont devenus, comme l’a souligné Frantz Fanon, inessentiels. Il s’agit, pour les dominants, de combattre l’ennemi de l’intérieur qui n’est autre que celui qui n’a aucune épaisseur et n’est visible pour personne. Il s’agit d’une personne à qui l’on a assigné un statut de Non-Etre.

Sur le plan international continue à se jouer l’idéologie colonisatrice. Sur le plan national, il s’agit de la colonialité qui investit les rapports sociaux, les relations internationales, les institutions et les esprits ; elle s’étend sous diverses formes, est présente partout et nous affecte tous. Elle a puisé son discours dans la justification de la traite négrière et de la mise en esclavage, l’a peaufiné dans la mise en place du joug colonial et le peaufine encore avec celui sur une mondialisation et un libéralisme heureux et libérateurs.

La colonialité est une forme de catastrophe métaphysique naturalisant la guerre et est à l’origine des formes modernes coloniales de race, de sexe et de différence sexuelle. La modernité a porté en elle des projets de « découvertes » qui ont impliqué un effondrement de l’édifice de l’intersubjectivité, de l’altérité et une déformation du sens de l’humanité, ce qui, selon Nelson Maldonado Torres [14], explique que « les actions exceptionnelles et les modes de comportement exposés en temps de guerre sont maintenant devenus partie intégrante de la manière de se comporter face aux peuples nouvellement découverts et aux esclaves [15] ».

Dans les deux cas présentés, que ce soit au niveau des relations internationales ou des rapports sociaux, force est de constater que le sujet devient un champ de lutte et un site qui doit être contrôlé et dominé pour la cohérence d’une vision du monde imposée et par l’impérieuse nécessité de ne pas perturber l’ordre.

C’est ainsi que le système impérialiste, colonial n’a cessé de fabriquer ses ennemis, ceux de l’extérieur que l’on va tuer à coup d’assassinats ciblés et ceux de l’intérieur qui tombent sous les coups de la violence de la police. Dans un cas comme dans l’autre, les victimes de ce système sont les damnés, considérés hors de l’espace et du temps humains. Ils sont appréhendés comme des sujets subalternes, des sujets invisibles ou inventés, qui ont été et continuent d’être, à travers un processus de perpétuation physique et symbolique de la conquête, violentés dans leur condition d’être.

La question posée par l’usage illégitime de la violence policière oblige à s’interroger sur le racisme structurel qui ne cesse de suer par tous les pores des sociétés impérialistes et d’affecter les damnés, les « Non-Etre ». Il n’y a pas d’autre choix que de questionner les constituants du racisme d’Etat, les aspects racialisants de l’idéologie dominante pour identifier les conditions politiques de la libération des damnés.

Obtenir justice pour les morts des violences policières oblige à se saisir de la question raciale en termes politiques et à cesser de se positionner aux côtés de l’antiracisme moral et compassionnel.

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A la Cigale !

par cjvpourwissam

A la Cigale !

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♥ Nargesse Bibimoune ♥

par cjvpourwissam

♥ Nargesse Bibimoune ♥

https://larotative.info/dans-la-peau-d-un-thug-rencontre-2025.html

 

« Dans la peau d’un thug » : rencontre avec Nargesse Bibimoune à La Rabière le 15 janvier

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Retour sur la Conférence/Débat du Vendredi 6 Janvier

par cjvpourwissam

Retour sur la Conférence/Débat du Vendredi 6 Janvier

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Week-end Vérité et Justice pour Adama

par cjvpourwissam

Week-end Vérité et Justice pour Adama

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Césaire

par cjvpourwissam

Césaire

Tout système évolue de la même manière selon les contraintes.

 

La résistance d'un système et des hommes face aux injustices est comparable à celui des matériaux face à des contraintes.

 

Si les contraintes sont faibles, on reste dans le domaine élastique, le relâchement de la contrainte rétablit la forme initiale. On dit que la transformation est réversible.

 

Le système espère qu'à chaque injustice on revienne à la position initiale.

 

A force d'injustices, de mensonges (de contraintes) on en arrive à la limite d'élasticité.

 

Au-delà de la limite d’élasticité, la déformation n’est plus réversible et un allongement résiduel subsiste après la suppression de la contrainte.

 

On parle de déformation plastique.

 

La limite d’élasticité du matériau augmente lors d’une nouvelle déformation. Avec les injustices, les hommes et le système acceptent plus facilement des injustices.

 

Lorsque la déformation augmente encore, la contrainte nécessaire d’une part augmente, mais d’autre part le matériau s’affaiblit. On parle d’un phénomène de striction. Ceci conduit irrémédiablement à la rupture.


En 1950, Césaire disait :

 

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente.

 

Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.

 

Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde.

 

Le fait est que la civilisation dite « européenne », la civilisation « occidentale », telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la « raison » comme à la barre de la « conscience », cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper.

 

L’Europe est indéfendable.

 

Il paraît que c’est la constatation que se confient tous bas les stratèges américains.

 

En soi cela n’est pas grave.

 

Le grave est que « l’Europe » est moralement, spirituellement indéfendable.

Et aujourd’hui il se trouve que ce ne sont pas seulement les masses européennes qui incriminent , mais que l’acte d’accusation est proféré sur le plan mondial par des dizaines et des dizaines de millions d’hommes qui, du fond de l’esclavage, s’érigent en juges.

 

On peut tuer en Indochine, torturer à Madagascar, emprisonner en Afrique Noire, sévir aux Antilles. Les colonisés savent désormais qu’ils ont sur les colonialistes un avantage. Ils savent que leurs « maîtres » provisoires mentent.

 

Donc que leurs maîtres sont faibles. »

 

Et puis, comme pour l'esclavage, tous les pays colonisés se sont émancipés.

L'homme traité de plus en plus injustement hier comme aujourd'hui ne se laisse pas faire et plus il est traité injustement plus la rupture est proche.

Césaire

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" A Clermont Ferrand 5 ans après la mort de Wissam, la solidarité reste active"

par cjvpourwissam

" A Clermont Ferrand 5 ans après la mort de Wissam, la solidarité reste active"

http://desarmons.net/2017/01/08/a-clermont-ferrand-5-ans-apres-la-mort-de-wissam-la-solidarite-reste-active/

 

" Près de 200 personnes se sont réunies ce vendredi 6 janvier à l’appel de la famille El Yamni et de ses proches à Clermont Ferrand, pour les cinq années de la mort de Wissam.

A partir de 17h30, les avocats de la famille, Me Jean-François Canis et Me Jean-Louis Borie ont donné une conférence de presse aux côtés de Farid, le frère de Wissam El Yamni. Ils sont revenus ensemble sur l’état d’avancement du dossier, rappelant les différentes étapes et les obstacles rencontrés dans leur quête juridique. Trois semaines seulement après le dernier coup de Trafalgar du juge d’instruction, Myriam Fenina (nommée en septembre 2016), qui annonçait le 7 décembre refuser les demandes d’expertises complémentaires de la famille et la clôture imminente du dossier, les avocats ne mâchent par leurs mots et pointent clairement la malhonnêteté des experts et le cynisme des juges.

Le collectif à l’origine de l’événement avait prévu un concert le lendemain, mais il n’a finalement pas été possible d’obtenir une salle. Sur le chemin parsemé d’embûches des familles de victimes de la police, c’est parfois ce genre de détails qui rendent leur combat si difficile. Même si le maire a toujours soutenu la famille, des pressions s’exercent de façon insidieuses pour ne pas laisser s’exprimer la voie de celles et ceux qui dénoncent les violences et le racisme de l’État et de sa police.

Pour autant, la très grande salle de l’espace multimedia Georges Conchon a permis d’organiser une soirée riche, axée sur une conférence de presse, la projection du film « Les coups de leurs privilèges », une conférence et un débat au cours desquels plusieurs proches de victimes et de personnes en lutte contre le racisme et les violences policières ont donné de la voix. Mathieu Rigouste est revenu sur les origines et les formes de la violence d’État, ainsi que sur la nécessité de s’organiser de manière autonome. Mireille Fanon-Mendes France a introduit son propos sur la violence néo-coloniale de l’État, rappelant que le chef de l’Etat lui-même prononce régulièrement des assassinats ciblés extra-judiciaires contre des personnes considérées comme une menace.

Étaient présent-e-s aussi Amal Bentounsi, Lassana et Assa Traoré, des personnes des collectifs Justice et Vérité pour Ali Ziri, pour Houcine Bourras et diverses personnes et collectifs luttant contre les violences policières. L’occasion de rappeler que la solidarité et la présence auprès des familles dans la lutte est déjà une victoire, que les liens créés par delà les clivages politiques et les divergences tactiques participent d’une dynamique qui casse les tentatives de l’État de nous séparer et de réduire les premier-e-s concerné-e-s au silence.

Il a été dit qu’une distinction existe de fait entre celles et ceux qui sont à la fois oppressé-e-s pour ce qu’il/elles sont (ou représentent) et réprimé-e-s pour ce qu’il/elles font et celles et ceux qui subissent essentiellement la répression pour leurs actions. Si les formes de la violence vécue sont différentes, l’ennemi reste pour autant le même, et les logiques qui conduisent son action répondent à des facteurs systémiques, qu’on retrouve aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Enfin, quelqu’un a dit qu’aucun changement fondamental de société ne pourrait aboutir s’il ne venait pas aussi des quartiers populaires et ne s’appuyait pas sur les constats essentiels qui en émanent. Assa Traoré a insisté sur le fait que les habitant-e-s de ces quartiers n’avaient pas besoin d’aide extérieure, mais devaient porter eux-mêmes la lutte. Il a été évoqué aussi le cas des dizaines d’assigné-e-s à résidence qui le sont ou l’ont été après avoir été désignés comme « ennemis intérieurs » par des institutions portant en elles un racisme à peine voilé et sur la base de considérations policières souvent mensongères ou édulcorées.

Le film qui a précédé a bien réussi à introduire la discussion, en balayant d’un regard sensible la lutte des proches de victimes, et notamment celles des familles de Wissam El Yamni (Clermont-Ferrand) et Morad Touat (Marseille). Chaudement accueilli à Berlin, il était projeté pour la première fois en France.

Le lien qui s’est créé et continue de se créer autour des familles en lutte pour la vérité et la justice constitue, par sa sincérité, ainsi que par la sensibilité et la solidarité qu’il contient, un ferment de résistance incontestable. Après la soirée, un certain nombre de personnes présentes se sont retrouvées autour d’un repas convivial dans la maison familiale des El Yamni, pour un de ces moments précieux qui révèlent l’importance vitale de rester humain-e-s et de ne pas céder aux pressions et manœuvres politiciennes et policières qui visent à nous rendre étrangers les un-e-s aux autres."

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Jeudi 12 janvier 20H à Montreuil : projection/débat

par cjvpourwissam

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Retour sur la journée du Vendredi 6 janvier

par cjvpourwissam

Retour sur la journée du Vendredi 6 janvier

" La salle Conchon était comble, d'un peuple assoiffé de vérité ignorée par la justice.

La mémoire collective n'a pas oublié Wissam, ni les autres victimes de violences des mains de la police en France et dans le monde. 

Les familles endeuillées parcourent les mêmes galères et se rapprochent pour se soutenir depuis des années, encore ce soir elles étaient "coudes contre coudes", venues des quatre coins du pays, pour intervenir une fois de plus. Une fois de plus car leur vie c'est ça depuis la disparition de leurs proches. Ils vivent en permanence, depuis des années, avec la recherche de vérité comme planning. La leur offrir serait le moindre des respects de la part de l'Etat.

Mais de respect il n'y a pas chez les hautes gens pour le bas peuple. Constat rude de cette année 2016 pour ceux qui ne l'avaient pas encore fait, dans les manif contre la loi scélérate du travail... malgré les appels lancés depuis des décennies par les quartiers populaires à travers différents collectifs et organisations. 

Ces familles sont nos familles. Ces enfants sont nos enfants. 

Nous ne pouvons plus être spectateurs de cette guerre raciste menée dans nos quartiers et nos rues, pas plus que nous ne pouvons ignorer la violence policière pour les intérêts de bourgeois possédant tout.

Nous sommes les pauvres, les sans-grade, en bas des hiérarchies. Ils nous ont appelé les "Black-Blanc-Beur" quand ça leur était utile.
Le discours a changé. Pas le peuple. Et ça va faire boule de neige contre leurs palais un jour.

Nous reconnaissons les nôtres.

Leurs guerres 
Leurs armées 
Leurs polices
Nos Morts"

Ndlr : 

MERCI À TOUS !!!!!!!!!

Merci à celui qui a écrit ce texte, aux intervenants, spectateurs, membres du comité, à la réalisatrice, à ceux qui se sont déplacés, à ceux qui ont fait circuler l'info, à ceux qui nous ont preté la salle (la municipalité), aux regisseurs, aux avocats, aux journalistes, à ceux qui luttent, à ceux qui ont filmé, photographié, à votre bienveillance ...

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