Bonjour,
Si la science est respectée c’est qu’au cours de son histoire elle a détruit des mythes.
Mais de nombreux mythes restent à être dévoilés et combattus.
Le discours scientifique se veut un discours objectif qui découle à partir d’une origine et de fondements solides selon un raisonnement rigoureux et strictement nécessaire. Le principe de non-contradiction est à la base de tout raisonnement scientifique.
Dans le cas du traitement de la mort de Wissam, on n’est plus dans la vérité scientifique mais dans la vérité pragmatique. Au nom d’une cause possible (mais plus improbable que probable) parce qu’elle fonctionne pour nourrir un discours choisi (un mythe) on en fait une vérité judiciaire.
Concrètement voici comment ça se passe.
Dans les premières versions du policier interpellateur, Wissam était conscient dans le couloir du commissariat.
Dans la première version d’un policier de la 2ème voiture, Wissam parlait dans le couloir du commissariat.
Ces éléments sont dans le dossier judiciaire.
Dans la version des 3 témoins du commissariat que les magistrats refusent d’entendre depuis plus d’une décennie (si la victime avait été policière ils auraient été entendu dans la journée) de nombreux policiers (pas simplement deux) portaient Wissam jusqu’au couloir du commissariat où il sera tabassé.
On devrait donc objectivement considérer que tout témoignage et notamment ceux des mis en cause qui affirmeraient que Wissam était dans un état préoccupant avant le couloir du commissariat devrait être pris avec beaucoup de pincettes.
Mais non. C’est tout le contraire.
Une reconstitution basée sur les propos des mis en cause a été faite le 9 février 2024.
Voici les conclusions du rapport présenté comme scientifique « la victime est décrite lors de la reconstitution comme atone et inerte lors de l’arrivée au commissariat, nécessitant que deux personnes la portent et l’amènent au sol. On peut aisément en conclure qu’il est dans un état préoccupant au plan médical à ce moment-là. »
Voilà comment les pseudo-experts arrivent à une conclusion médicale qui deviendra ensuite vérité judiciaire. On met de côté volontairement tout ce qui viendrait nourrir et contredire le discours choisi. Au lieu de construire sur une logique non contradictoire, on construit un discours en évitant des éléments contradictoires.
Autre élément.
Etant donné que le mise en cause avait parlé de pliage, les experts en avaient conclu au pliage, sur la base de son seul discours choisi, en disant que c’est possible. Le procédé rhétorique avait été dénoncé. D’un discours choisi et considéré comme possible on avait critiqué la conclusion nécessaire. Ce n’est pas parce que l’on chute sur une peau de banane que l’on peut conclure que les fractures sont le résultat d’une chute par exemple.
Maintenant que les mis en cause reviennent sur ce qu’il s’est passé les pseudo-experts reviennent également sur leurs conclusions « la scène qui a été reconstituée notamment la position de M. WISSAM EL YAMNI la tête appuyée contre le siège avant droit ou centre de la vitre, n’apparaît pas constituer une situation à risque particulière. »
Là encore c’est le discours choisi, car il existe d’autres discours possible, qui impose la conclusion choisie.
Wissam est mort de quoi alors ?
C’est très simple vous dit-on, étant donné qu’il n’est plus mort de pliage car le mis en cause affirme désormais le contraire et que les « troubles de rythme cardiaque ne laissent aucune trace au plan autopsique » il est mort de troubles de rythme cardiaque. Vérité tamponnée du saut de la science.
L’absence de preuve devient une preuve. La présence de preuve et de témoignages contradictoires par contre devient absente.
En conclusion, si on vous fait une autopsie que vous ayez aucune trace d’anomalie cardiaque (comme pour Wissam) ou que vous en ayez on peut affirmer que vous êtes mort d’un problème cardiaque dans tous les cas. Le principe de non-contradiction à base de la logique scientifique n’est pas respecté. La médecine légale se tire une balle dans le pied car elle avoue non seulement son inutilité scientifique mais avoue au contraire son utilité institutionnelle, qui est celle de valider un discours choisi quand bien même il serait faux et de protéger des dominations et donc des intérêts.
Et si le mise en cause l’affirme, le pseudo expert l’affirme, et si le pseudo expert l’affirme au nom de l’argument d’autorité et de l’argument fallacieux de la nécessité, ceci devient la vérité judiciaire.
Par contre, si vous avez des traces de coups, de fractures, ou des traces de strangulation, on conclura que ce n’est pas suffisant. Selon que vous soyez puissant ou misérable, l’absence de trace A est suffisante pour affirmer A mais la présence de trace B n’est pas suffisant pour affirmer B. Le principe de non-contradiction à base de la logique scientifique n’est pas à nouveau respecté.
Si la rhétorique ou plutôt la sophistique est tant apprise des politiques, des hommes de droits c’est qu’elle a son efficacité pour faire passer pour rationnel, légitime, nécessaire ce qui ne l’est pas.
Mais on devrait aussi l’investir non pas pour tromper car on ne trompe qu’un temps, le principe de réalité nous rattrape, mais au contraire pour en dénoncer les arguments fallacieux et émanciper en reconstruisant sur des bases saines qui profiteraient aux honnêtes gens. On verrait alors l’argument fallacieux de la nécessité qui légitime ce qui ne doit pas l’être s’effondrer et de nombreuses dominations qui se cachent derrière les mythes contemporains par là même s’effondrer.
Pour paraphraser un poème qu'aimait se rappeler Mandela dans son étroite prison "En ce lieu de colère et de pleurs se profile l'ombre de la mort, nous ne savons pas ce qui nous relève le sort mais nous sommes et nous resterons sans peur. Aussi étroit soit le chemin, nombreux les châtiments infames, nous sommes les maîtres de notre destin, nous sommes les capitaines de nos âmes".
Justice et Vérité pour Tous et Toutes