Dans le cadre des prochaines semaines de mobilisations contre les violences policières, nous souhaitons lancer une seconde campagne de communication nationale de sensibilisation du grand public.
Nous invitons ceux qui le souhaitent à afficher dans leurs villes ou leurs villages les affiches crées par nos amis du collectif « Résistons ensemble contre les violences policières » évoquant par un dessin, l'histoire d'une personne assassinée par la police.
Si vous préférez coller des stickers « URGENCE NOTRE POLICE ASSASSINE », faites le nous savoir directement à travers les mobilisations à venir ou bien contactez nous par mails en nous précisant le nombre, l'adresse afin que l'on puisse vous les faire parvenir.
A tous ceux qui résistent parfois illégalement pour le respect de la dignité humaine, à tous ceux qui nous apportent un coup de main, merci.
" Certes, les gardes-chiourme restent insensibles, mais toi, toi, qui pleures encore, qui dois être acquise à toutes les misères, à toutes les pitiés ! Comment ne fais-tu pas ce rêve chevaleresque, s'il est quelque part un martyr succombant sous la haine, de défendre sa cause et de le délivrer ? Qui donc, si ce n'est toi, tentera la sublime aventure, se lancera dans une cause dangereuse et superbe, tiendra tête à un peuple, au nom de l'idéale justice ? Et n'es-tu pas honteuse, enfin, que ce soient des aînés, des vieux, qui se passionnent, qui fassent aujourd'hui ta besogne de généreuse folie ?
- Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants, qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de nos discordes la bravoure et l'espoir de vos vingt ans ?
- Nous allons à l'humanité, à la vérité, à la justice !"
"Forum interfac contre les violences d'État - Paris
12 et 13 mars
Nous sommes un comité qui s'est constitué en novembre dernier entre plusieurs universités de la région parisienne contre les violences policières. Dans ce cadre, nous organisons les 12 et 13 mars prochains un forum sur les violences d'Etat. En réunissant une diversité de problématiques a priori éloignées, nous voulons montrer qu'elles relèvent en réalité d'une même logique sécuritaire. L'objectif de ce forum est de s'inscrire dans une dynamique de mobilisation sur le long terme.
Programme provisoire
Jeudi 12 mars : Censier - Paris 3
9h-11h Parvis Petit-déjeuner / infokiosque 11h-13h Salle Projection court-métrages - Introduction Forum Invité : Sébastien Layerle (professeur de cinéma à Censier) 13h-14H Buffet / infokiosque 14h-15h30 Raymond Gurême / La Voix des Roms « Catégories de population et ségrégation d'Etat » 16h - 17h30 Emmanuel Blanchard / Abdellali Hajjat (?)/ Olivier Lecour Grandmaison. « Police, droit et migrations : racisme et politiques sécuritaires » 18H - 19h30 Nadia menenger / Kyou « Violences carcérales » Vendredi 13 mars : Tolbiac - Paris 1
8h30 - 10 h Terrasses / Petit-dej / Infokiosque 11h30-13h Amphi J « Contre les politiques d'aménagement du territoire. Les ZAD : une réappropriation des espaces par la lutte » Intervenants de collectifs (NDDL(?), Testet(?), Grand Paris (?): prenons la ville, Les radis intervenants de collectifs de l' Attieke, du dilengo 13h-13h30 Buffet / Infokiosque 13h30-15h30 Amphi K Rencontre entre collectifs en lutte contre les crimes policiers: urgence notre police assassine, collectif vérité et justice pour Ali Ziri, Résistons ensemble."
Différents problèmes peuvent avoir la même cause. S'attaquer à une cause profonde peut régler différents problèmes. L'erreur que beaucoup de personnes font c'est de s'attaquer qu'aux causes apparentes. S'en prendre à un groupe alors que ce groupe ne tient sa légitimité que d'un autre c'est comme couper les feuilles d'un arbre au lieu de s'attaquer au tronc d'arbre. Parfois même, le fait de s'attaquer aux feuilles peut aider l'arbre à se développer.
Le pouvoir c'est le tronc, il ne se donne pas, il se prend. Pour le prendre, il faut aller là où il s'exerce. Il faut investir les lieux, les mots, les espaces physiques et virtuels.
En effet, à force d'utiliser certains mots, des mots ont perdu de leurs sens alors qu'ils avaient un potentiel important. La liberté, l'amour par exemple, ne veulent plus dire grand chose. On se bat d'abord pour la liberté, pour l'idée de la liberté. Aussi, polir les mots qui nous animent est source de motivation (d'où mes nombreux écrits). Tout combat est d'abord un combat idéologique, c'est un ensemble de valeurs contre des autres.
Parfois l'ennemi, nous aide à nous sublimer parce qu'il nous laisse pas une porte de sortie et nous pousse à l'affrontement frontal. Alors il faudra être endurant. Ceci ne signifie pas se lancer à corps perdu. Il s'agit simplement s'engager dans la durée dans une cause que l'on croit juste et d'agir en conséquence. Se reposer si c'est nécessaire pour mieux repartir.
L'une des autres causes profondes des maux de la société c'est l'individualisme. L'individualisme crée des problèmes d'interface parce que les gens sont alors dans la défense d’intérêt, ils gagnent parce que d'autres perdent, on est dans une somme nulle : la société est perdante. Les problèmes d'interface crée une complexification du système et l'apogée des experts, experts des interfaces. Cette expertise, accompagnée d'une compartimentation des activités humaines provoque une déresponsabilisation collective : chacun ne se sent pas responsable du produit final du processus de son action, alors qu'il suffirait qu'un maillon de la chaine puisse ne pas participer pour faire voler en éclat cette complexification des activités. C'est l'une des plus grande erreur de l'humanité que de ne pas se voir comme partie intégrante d'un processus et donc collectivement responsable de ce qui se joue collectivement.
Cette complexification est aussi une opportunité. En réalité, comme il est plus simple d'être juste qu'injuste, il est aussi plus simple de vivre dans une société préservatrice des droits de l'homme plutôt que de vivre dans une tyrannie. Maintenir une tyrannie est en réalité consommateur de beaucoup d'énergies et de ressources. C'est la raison pour laquelle aucune tyrannie n'a duré dans l'histoire de l'homme. Les tyrannies reposent sur le consentement de la foule. Les tyrannies disparaissent lorsque la foule a compris les règles du jeu, qu'elle était le dindon de la farce ou bien elles disparaissent lorsque le pouvoir a compris qu'il était plus simple de maintenir une société préservatrice des droits de l'homme plutôt que d'user des stratagèmes les plus tordus pour maintenir la tyrannie. A chaque événement mensonger, le pouvoir devra en effet s'il ne change pas de logique faire encore plus d'efforts. Petit à petit, le peuple perçoit cette dissociation de plus en plus grande entre les principes fondateurs et la réalité. C'est la variation et non la moyenne que le peuple perçoit : un bus qui vient tous les 20 min avec 1 min de variation sera mieux perçu qu'un bus qui arrive tous les 15 min avec une variation de 5 min. On a été élevé avec la culture de la moyenne alors que l'on raisonne naturellement en variation. La vraie modernité, la société pérenne est celle qui apporte la justice à chacun avec une faible variation des conséquences selon les mêmes causes. Le contraire d'un deux poids deux mesures.
Hier j'étais sur Nantes dans le cadre de la semaine de résistance. J'ai manifesté avec nos amis Nantais.
A en croire les médias, on aurait affaire, pour faire simple, à des petits cons là où je vois plutôt des justes qui vivent leurs vies là où d'autres passent à côté. J'ai pu m'apercevoir à quel point on jugeait un mouvement à la quantité de ses membres, à son paraître. J'ai été étonné par le décalage avec ce dont je vivais, par l'atmosphère de la manifestation qui s'en dégagé, quelle bouffée d'oxygène ! Elle me rappelle l'ambiance électrique des premières manifestations suite à la mort de nos frères : une même focalisation collective convergente et transcendante, une onde de révolte avec une même fréquence, une même conviction d'être du bon côté.
J'ai eu l'occasion aussi d'échanger. Comme toujours, plus qu'on peut le penser l'échange est extrêmement important parce qu'extrêmement enrichissant. J'ai pu mesurer la précision des arguments, la clarté de la vision sur la France, sur l'Europe, sur le monde.
On pourrait se laisser abattre par une impression d'impuissance, de fatalité. Durant la révolution française, beaucoup se disait que l'on a jamais vécu sans roi et que l'on ne pouvait pas faire autrement. Durant la seconde guerre mondiale, les résistants étaient minoritaires. Si on ne peut pas compter sur la majorité même sous un régime Nazi, on ne peut pas compter sur la majorité sur la question des violences policières mais sur soi-même. La révolution bolchevik avait étonné parce qu'elle a eut lieu dans un pays beaucoup moins industrialisé là où les bolcheviks étaient beaucoup plus minoritaires que dans l'Europe occidental. Lénine parlait de professionnalisation du révolutionnaire. Il nous faut prendre exemple sur Lénine parce qu'on ne peut pas, on ne peut plus compter sur une démocratie ou sur des politiques qui ne sont en réalité que la manifestation tyrannique de la majorité sur la minorité. Hitler avait été élu démocratiquement.
On peut changer le monde. Oui, on peut changer le monde. Soyons créatifs tout en gardant le souci du détail. Indignons nous tout en n'oubliant pas les limites et les moyens. Soyons attentifs aux jeux répétitifs. Testons d'autres visions du monde. Sortons de la pensée unique. Ayant foi dans notre idéal parce qu'aucune tyrannie n'a éternellement durée. Confrontons nous à notre peur, elle peut être l'expression en réalité d'un besoin caché. Préservons notre curiosité spécifique et globale. Sachons foncer, mais prendre de temps en temps du recul. Gardons cette enthousiasme tout en étant réaliste. Mais surtout continuons à créer des liens, toujours des liens.
Oui, on peut changer le monde et on est déjà en train de le changer parce que notre monde est autour de nous et on peut changer le monde autour de nous.
Cet article est issu de notre numéro spécial Ordre et Sécurité (Zélium n°1 nouvelle formule), publié en décembre 2014. Depuis, d’autres exemples de la brutalité perpétuée par la police française ont émaillé l’actualité. Bien avant le 7 janvier. De banales affaires, très instructives, de récidives implacables. Celle de Joué-lès-Tours par exemple. La mort du jeune Bilal, 20 ans, abattu le 20 décembre devant un comico. Présenté très vite comme un acharné fou-de-dieu, avant qu’on ne découvre l’envers du décor (à lire ici cinq jours après – et là un moins plus tard)…
Notre enquête en cite d’autres, de plus grande ampleur, et montre bien que l’impunité est le grand point commun de tous ces crimes. De la petite humiliation à l’ignoble brutalité raciste, en passant par les mutilés du « maintien de l’ordre » et le crime déguisé en légitime défense, couvert par une institution du mensonge. Sans oublier que – atmosphère post-7 janvier aidant – dénoncer cette vérité (comme ici à Montreuil le 14 février) est jugé répréhensible. Manifestez votre opposition et vous aurez droit au combo gagnant : encerclement dissuasif et arrestation préventive…
« Ne craignez rien, c’est la police », disions-nous en Une de ce numéro de décembre…
Dessins : Lasserpe, Mutio, Gab, Pakman et Willis pour Zélium.
Paris, 14 novembre 2014. Le puissant syndicat de policiers Alliance organise sa grande manif nationale entre Bastille et République. Le cortège est aussitôt perturbé par une troupe qui répand sur le bitume de la peinture visqueuse rouge-sang, façon Act-Up… Alors que le troupeau piétine le sol, la rage des militants éclate : « C’est pour symboliser les marques de pas d’assassins ! La police tue toujours en toute impunité. Rémi Fraisse a été enterré hier ! Cette manif de flics, c’est une insulte ! » (1)
Ce type d’action peut paraître désespéré et dérisoire. Mais les familles de victimes de crimes policiers doivent rester visibles pour espérer que lumière soit faite sur la mort de leurs proches. Car dans ces affaires, l’ombre est la règle. En terme statistique, le problème n’existe même pas ! Aucun historique, aucun relevé régulier n’est fait officiellement pour évaluer l’ampleur des violences et des crimes policiers (contrairement aux États-Unis, au Canada, à l’Allemagne). Rien non plus sur le nombre d’enquêtes ouvertes, encore moins leur issue, suite aux plaintes des familles.
Le « problème » est pourtant quantifiable. Reprenant le travail minutieux effectué pendant vingt ans par Maurice Rajsfus avec son bulletin Que fait la police ? (lire son texte page 7), le journal en ligne Basta !, à l’issue d’une solide enquête publiée en avril dernier (2), a décompté 320 morts causées par la police depuis près de quarante ans (1977-2014). Au moins le double si l’on remonte à la fin de la période coloniale (3). Années noires : 1988 (26 morts), 1980 (19), 2012 (19) et 2007 (16). La période 2000-2014 est la plus meurtrière, avec 133 crimes policiers – incluant celui de Rémi Fraisse. Avant 1997, la moyenne était entre six et huit par an. Ces dernières années, on est proche de 20 par an. Si l’on en croit les collectifs de lutte dans les quartiers populaires, la délicate attention des polices « de proximité » fait tomber tous les quinze jours une personne, morte ou grièvement blessée. Les « baqueux », agents en civil des BAC, les brigades anti-criminalité, sont les plus féroces. Ses quelques centaines d’agents sont à l’origine de 33 meurtres en vingt ans – contre une quinzaine causés par des CRS (effectifs : 14 000). Créée en 1971 pour « pacifier » Paris et sa banlieue, généralisée sous Pasqua en 1993, la BAC s’inspire fortement des unités chargées de mater l’indigène en métropole dans les années 50-60. On peut alors parler de « processus de reconversion des répertoires de guerre coloniale dans le contrôle des pauvres et des enfants de colonisés », comme le dit Mathieu Rigouste (4), fin connaisseur de la machinerie militaro-policière – au propre comme au figuré, ayant été tabassé par les baqueux de Toulouse en juin 2013…
Mutilations et terreur d’État
Le portrait-robot de la victime de la police ne surprendra personne : homme, moins de trente ans, noir ou maghrébin, enfant de l’immigration et habitant une de ces zones de relégation sociale que la démocratie libérale fabrique à la pelle depuis des lustres. Les causes de la mort ? Multiples mais récurrentes : courses-poursuites finissant en accidents mortels, interpellations brutales abusant de techniques pourtant proscrites (« pliage », clés d’étranglement…). Mais le flingue de service reste l’arme la plus fatale. « Sur un échantillon de 200 personnes tuées par balles, écrit Basta, une cinquantaine sont atteintes à la tête, 25 dans la poitrine, 25 dans le dos, une dizaine dans l’abdomen, une dizaine dans la nuque, une dizaine dans le cœur, six dans le cou. (…) Les situations où les agents se font tirer dessus, et sont donc contraints de riposter, demeurent exceptionnelles. » Dernier en date : Timothée Lake, abattu par la BAC de Toulouse deux semaines avant Rémi Fraisse. Il tentait de braquer une supérette avec un calibre en plastique.
Mourir en tant que manifestant, sous les coups ou les armes de la police, est bien entendu rarissime (huit cas recensés, l’avant-dernier remontant à 1977 lors d’un rassemblement anti-nucléaire). Car lorsque la police ne tue pas, elle perpétue la terreur d’État en infligeant blessures graves et mutilations. Le maintien de l’ordre n’est alors plus que de la gestion du désordre, quand il ne s’agit pas de le provoquer. C’est le rôle des « armes non létales », beau spécimen de la novlangue policière. Le pistolet électrique Taser, pourtant taxé d’engin de torture par ces ultragauchistes de l’ONU, a encore fait deux morts en France en 2013 et un en septembre 2014. Le flashball, joujou accrédité dans l’arsenal anti-émeute depuis vingt ans, a causé des dizaines de blessures graves, dénoncées en vain (5). Son successeur, le LBD (« lanceur de balles de défense ») est très offensif : c’est un fusil de chasse « adapté » au maintien de l’ordre. Plus puissant, plus précis que le flashball, il tire des balles en latex plus petites : tirées en plein visage, elles peuvent pénétrer dans les globes oculaires. Bilan : sur quarante blessures graves par LBD connues depuis 2007, près de la moitié ont éborgné les victimes. Et les grenades ? Avant l’affaire Fraisse, de nombreux cas de blessures ont été causés par des débris de grenades sans qu’un ministre ne réclame leur « suspension ». Toutes, pas seulement les méchantes « offensives » de la gendarmerie, crachent des échardes en plastoc ou en métal, débris si minuscules qu’aucun chirurgien ne pourra les retirer : lacrymos « flashbang » à forte détonation, grenades de « désencerclement » propulsant des plots en caoutchouc (6).
Parcours du combattant
Si la peine de mort est abolie depuis trente ans, un vicieux permis de tuer l’a bel et bien remplacé. Car l’impunité est la règle pour les policiers impliqués dans la mort d’un « interpellé ». Basta ! évoque 130 affaires – 40 % du sinistre bilan – tombées dans l’oubli : pas de suites judiciaires connues. Maître Arié Alimi, l’un des avocats de la famille Fraisse, déclare à Zélium avoir défendu depuis onze ans des dizaines de familles victimes de la police. « Aucune procédure n’a abouti à une condamnation… Ah si ! Une fois. Mais cela a été annulé en appel : le policier a su faire jouer ses ‘bons états de services’ ». Sans compter les indécentes plaintes pour « outrage et rébellion » des policiers ou les procès en diffamation engagés contre des collectifs de victimes pour les faire taire (Cf. encadré).
Un livre poignant (collectif Angle morts, Permis de tuer, Syllepse, 2014) revient sur une dizaine d’affaires. Chacune décrit le parcours du combattant des familles pour que justice soit faite. Encore faut-il que le proc ne classe pas « sans suite », issue la plus courante. Et même s’il ouvre une instruction judiciaire, la famille devra mener une enquête parallèle pour pousser le juge, et parfois ses avocats, à oser réclamer une contre-expertise qui risque de contredire la version policière. Car tout est fait pour excuser le geste meurtrier (« regrettable accident »), tout en présentant la victime comme coupable d’avoir résisté (« excité », « drogué »), ou ayant succombé à un « malaise », un « arrêt cardiaque », écartant la brutalité des agents. Toutes les familles témoignent d’un « esprit de corps » qui lie magistrats (procs et instructeurs), médecins-légistes, officiers de police judiciaire (OPJ) chargés d’enquêter sur leurs collègues, et pouvoir politique sous la pression des syndicats de policiers.
Impunité et préméditation
Les procès des agents de la répression sont encore plus rares. Entre septembre 2012 et mai 2014, cinq plaintes de familles ont fini en non-lieux (7). La plupart confirmés en appel. Ramata Dieng, sœur de Lamine, mort étouffé dans un fourgon à Paris en 2007, « lassée, nous dit-elle, par sept ans de pressions et de mensonges » qui ont émaillé l’instruction, devra encore attendre la décision de la Cour d’appel, qu’elle a saisie en mai dernier. Quand procès il y a, l’impunité persiste. Les rares condamnations sont prononcées avec sursis. Comme les agents de la BAC reconnus coupables (après un premier non-lieu !), quatre ans après avoir agressé à mort Abdelhakim Ajimi, 22 ans, à Grasse en 2008. Suspendus pour la forme quelques jours, les meurtriers sont encore en fonction dans la même unité. Depuis cinquante ans, on ne compterait que trois révocations fermes d’agents tueurs de la force publique. Seize seulement sont passés par la case zonzon, soit 5 % des 320 crimes évoqués par Basta !.
Face à cette impunité structurelle, comment parler encore de « bavures » ? Ce terme déguise en fait accidentel la conséquence d’une répression organisée et persistante. Les familles la ressentent comme une sorte de préméditation institutionnelle, exactement ce qui manque à un meurtre pour être qualifié d’assassinat. Ce « problème » reste dans l’ombre alors que quasiment toutes les révoltes urbaines de ces quarante dernières années ont comme racine la brutalité policière. Comme si la « paix civile » se gagnait en perpétuant la guerre urbaine.
(3) Des centaines de Français des colonies ont fait les frais des matraques et des balles républicaines. Le paroxysme étant la répression sanglante du préfet Papon contre une manifestation d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961 (au moins 200 morts). Cf. La bataille de Paris (Le Seuil, 1991), et le film Octobre à Paris (réed. 2012).
(4) Ce n’est pas sur Wikipedia, pourtant la BAC s’inspire des « brigades nord-africaines » (1930-1953) et surtout des BAV (« brigades des agressions et violences »), puis des « brigades spéciales de nuit » qui intégreront les BAC départementales dans les années 90. Cf. Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur(2009) et La domination policière (2012).
(5) Feu la CNDS (Commission nationale de déontologie de la sécurité), désormais le Défenseur des droits, a multiplié les mises en garde depuis 2000 sur ces « forces intermédiaires » (LBD et Taser). Avant Rémi Fraisse, le DD n’avait jamais étudié les effets des grenades.
(7) Brutalisés à mort lors d’interpellations ou gardes à vue : Ali Ziri, 69 ans, 2009 ; Mohamed Boukourou, 41 ans, 2009 ; Mahamadou Marega, 38 ans, 2010 (électrocuté au Taser) ; Abou Bakari Tandia, 38 ans, 2005 ; et enfin Lamine Dieng, 25 ans, 2007.
Outrage et diffamation
C’est devenu un bon filon. Dès qu’un policier agit avec violence et rencontre une résistance, sa hiérarchie l’encourage à porter plainte pour « outrage et rébellion ». Affaires jugées en urgence — alors que les victimes attendront des années pour que la leur soit instruite — qui permet au policier dit « outragé » de cachetonner, récupérant en moyenne de 300 à 700 € d’indemnisation. Ces chiffres-là existent : 20 600 dossiers instruits en 2012 (seuls 300 restés sans suite), ayant rapporté une cagnotte totale de 13,2 millions d’euros (8,7 M€ en 2006). Le tout aux frais des prévenus, et du Trésor public : les avocats sont payés par l’institution.
Ensuite, pour réduire au silence ceux qui dénoncent la police, l’État dégaine la « diffamation publique ». Pas toujours gagnant : le groupe de rap La Rumeur, attaqué en 2002 (« Nos frères assassinés par la police »…), a été acquitté en 2010 ; Amal Bentounsi, traînée en justice par Valls en 2013 pour la parodie d’un clip de recrutement (en substance, « Vous voulez pouvoir tuer en toute impunité ? La police recrute ! » cf en bonus plus bas) et acquittée en mai dernier.
Parfois, la vengeance d’État fonctionne. Walid Klai et Dorsaf Briki, deux amis d’Abdelhakim à Grasse, ont pris quatre mois de prison avec sursis et 150 € d’amende pour avoir « diffamé » des policiers lors d’une audience au tribunal. Ou alors on condamne les révoltés d’un crime policier avant les policiers. C’est ce qui s’est produit à Villiers-le-Bel en 2007, après la mort de deux ados dont la moto a été percutée par une voiture de police. Jugés pour avoir fait feu sur des policiers, sur la foi de témoins sous X et rémunérés — l’un d’eux s’étant depuis rétracté, avouant avoir menti — deux « émeutiers » sont encore en taule, les frères Abderhamane et Adama Kamara, enfermés depuis 2008 pour 15 et 12 ans ferme.
J.T.
(Article paru dans Zélium n°1 Vol. 2, décembre 2014).